SCENE NEUVIEME
ANTONIA Êtes-vous jaloux ?
ARMAND
Pourquoi jaloux ? Le jaloux, c'est l'autre. (Elle sourit.) Puis-je m'asseoir ?
ANTONIA
Non, monsieur, non, vous ne pouvez pas vous asseoir. Le jaloux n'aurait qua entrer.
ARMAND
Vous me cacheriez. Où est la cachette ici ?
ANTONIA
Il est complet. Vous dites des folies, monsieur, mais c'est bien permis à votre âge.
ARMAND
A notre âge, Antonia.
ANTONIA
Eh bien ! vous m'appelez Antonia maintenant ! Soyez plus convenable ou je vais vous renvoyer.
ARMAND
Vous êtes surprise; madame, de trouver tant d'ardeur, disons le mot, tant d'impatience dans un amour qui vous paraît bien jeune, et qui date pourtant d'une rencontre assez éloignée.
ANTONIA
Une rencontre. Racontez-moi cela.
Elle s'assied.
ARMAND
Vous souvenez-vous, il y a six mois à peu près, d'être allée au théâtre, à l'Odéon ?
ANTONIA
A l'Odéon ?
ARMAND
Oui. On y jouait un drame de l'Ambigu. Vous paraissiez très émue d'un accident arrivé à l'héroïne, en retrouvant peut-être le pareil dans votre existence. Devant ces jolis yeux mouillés de larmes, je me disais : « Elle pleure, c'est bon signe. Les froids calculs de l'intérêt n'ont pas encore étouffé sa sensibilité. Je pourrai me présenter chez elle. Elle me demandera si je suis gai, si je suis tendre, mais elle ne me demandera pas autre chose. » Me suis-je trompé ?
ANTONIA
Non, mon ami, non, vous ne vous êtes pas trompé, et je vous suis reconnaissante de la bonne opinion que vous avez eue de moi. Mais cette histoire est-elle bien vraie? Si elle était vraie, nous serions presque de vieilles connaissances.
ARMAND Ah ! Antonia, vous êtes bien en retard avec moi.
Taisez-vous, monsieur, taisez-vous.
ARMAND Il est sept heures, heure charmante, où la journée