SCENE V
BLANCHE, seule.
Une heure. C'est parfait. Ils vont sortir de table. Ce pauvre monsieur André, voilà huit jours qu'il ne m'a pas vue. Enaura-t-il profilé? Je le lui ai dit bien franchement : «Je ne veux ni vous abuser ni me compromettre. Consultez vos parents. S'il leur convient de nous marier ensemble, j'accepte ; sinon, ne me parlez plus jamais de votre amour. » Ce mariage, pour moi, serait un rêve. Pourquoi ne m'émeut-il pas davantage ? Est-ce le garçon qui ne me va pas ? Un homme, à vingt ans, ne plaît ni ne déplaît. Celui-là est doux, gentil, bien élevé ; je m'attacherais à lui bien facilement. Je n'espère pas, voilà la vérité. Madame Letourneur, passe encore ; elle est pieuse et voudrait marier son fils de bonne heure. Mais le père ? Ah ! ce père ! Qu'est-ce que je suis à ses yeux ? Une ouvrière comme il en a vu tant d'autres. Sa conduite avec elles montre le peu de cas qu'il en fait, et leur conduite avec lui prouve qu'il n'a pas tout à fait tort. Attendons. (Allant à la fenêtre.) C'est vrai pourtant que ce soleil méfait mal. Les belles journées ne me laissent pas tranquille. Tranquille, le serai-je jamais, ou bien ne tiendrait-il qu'à moi de l'être pour toujours, comme le baron me l'écrit? Où est-il en ce moment ? Que tait-il ? Quelque partie sans doute, avec ses amis et leurs maîtresses. Ils vivent, ces heureux, ils vivent !