‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 63 sur 85 · SCÈNE SIXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE SIXIÈME

BLANCHE

Pas le moins du monde.

ANDRÉ

Qu'est-ce qui arrivera ?

BLANCHE

Nous ne nous verrons plus... Pas un jour! Pas une fois !

ANDRÉ

Je me tuerai alors.

BLANCHE

Quelle plaisanterie !

ANDRÉ

Vous ne me croyez pas ?

BLANCHE

Si je vous croyais, je serais bien à plaindre. Que pourrais-je faire entre votre famille qui ne voudrait pas de moi et vous qui me menaceriez de vous tuer ? Tenez, monsieur André, j'ai bien peur que vous n'ayez quelque vilaine arrière-pensée. Faut-il que je sois plus hardie que vous et que je devine ce que vous n'osez pas dire ? Pourquoi, n'est-ce pas ? si je ne suis pas assez bonne pour être votre femme, ne serais-je pas votre maî-tresse ? Ça arrangerait tout. Jamais, vous m'entendez, jamais.

ANDRÉ

Vous ne m'aimez pas.

BLANCHE Qu'en savez-vous ?

ANDRÉ

Dites-moi que vous m'aimez et je parlerai à ma mère aujourd'hui.

BLANCHE C'est inutile.

ANDRÉ Comment ?

BLANCHE Restons-en là, je le préfère.

ANDRÉ C'est vous qui me retenez maintenant.

BLANCHE

Vous ne réussirez pas. Votre âge est un obstacle ; la fortune de vos parents en est un autre ; peut-être ont-ils déjà quelque vue sur vous pour plus tard.

ANDRÉ

Je parlerai à ma mère, que vous le vouliez ou que vous ne le vouliez pas... Vous ne risquez rien.

Vous vous trompez. Je risque beaucoup, au contraire. Je m'expose à un refus d'abord, ce qui n'est jamais bien flatteur : à un congé ensuite, ce qui me mettrait dans l'embarras.

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