‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 66 sur 85 · SCENE HUITIEME · texte numérisé non relu

SCENE HUITIEME

C'est encore mieux. Tu l'appelles?

ANDRÉ Mademoiselle Bienvenu.

LETOURNEUR

Cette fillette... que tu embrassais quand je suis -entré, je t'ai vu.

ANDRÉ Je ne l'embrassais pas.

LETOURNEUR

Regarde-moi et ne mens pas : c'est ta maîtresse ?

ANDRÉ

Non, mon père.

LETOURNEUR, à part.

Nigaud ! (A André.) Elle est donc bien extraordinaire, cette petite ?

ANDRÉ

Je l'aime beaucoup.

LETOURNEUR

Et elle aussi, je suis bien sûr, elle t'aime beaucoup. Pourquoi t'épouserait-elle, autrement?.,. Veux-tu que je te dise, mon garçon ? Ta mère t'a élevé comme un jocrisse. Ce n'est pas ma faute, c'est la sienne. Tu sais que ta mère et moi nous n'avons jamais pensé de la même manière. Notre ménage s'en est mal trouvé, mais notre commerce n'en a pas souffert; c'est le

Il6 LE DÉPART

principal. Si ta mère m'avait écouté, si je t'avais mis à quinze ans dans la confection, comme je le voulais, tu n'aurais pas été bien malheureux avec papa et maman derrière toi, et tu aurais appris bien des choses qu'on doit savoir à ton âge. On ne perd pas de temps dans la confection, ce n'est pas comme dans les collèges. Tu serais un homme aujourd'hui et tu ne me parlerais pas de te marier parce qu'une farceuse ne veut pas de toi ou qu'elle en veut beaucoup trop... Tiens, la voilà justement, ta mère ! Elle arrive bien.

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