‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 9 sur 85 · SCÈNE V ANTONIA, puis ADÈLE · texte numérisé non relu

SCÈNE V ANTONIA, puis ADÈLE

ANTONIA

Il part ! Il me quitte ! Sans préparations, sans motifs, sans regrets ! Quand j'étais si heureuse avec lui et que je ne l'ai jamais plus aimé ! A quel propos ? Cette situation ne date pas d'hier, nous en avons ri ensemble plus d'une fois. Il avait quelque chose, bien certainement, qu'il ne m'a pas dit. Ah ! Arthur ! Arthur ! On ne se conduit pas ainsi avec une femme. Si elle fait mal, on la reprend ; si elle recommence, on la frappe ; mais on ne l'abandonne pas. Un garçon si bien, si aimable, plein d'esprit, plein d'esprit ! Je ne m'ennuyais pas une minute avec ce monstre-là !

ADELE, entrant par la porte de droite.

Voici deux lettres pour madame ; une que j'ai peutêtre eu tort de prendre, et l'autre qu'un commissionnaire vient d'apporter.

ANTONIA

Mets ces lettres dans ta poche, je les lirai la semaine prochaine.

ADELE

Le commissionnaire est là, madame ; il attend une réponse. Il m'a dit : De la part de M. Delaunay.

ANTONIA, surprise.

D'Arthur! (Elle prend la lettre, l'ouvre et lit.) « Chère An-

tonia, mon oncle est mort, je ne veux pas tarder plus longtemps à t'apprendre cette heureuse nouvelle. Sa succession, dont il ne faut pas t'exagérer l'importance, me permet cependant de devenir sérieux avec une femme. Si tu m'aimes comme je t'aime, il sera bien facile de nous entendre Ce que l'autre faisait, je le ferai, ni plus ni moins. J'attends. » Cher Arthur ! Adèle, dis au commissionnaire qu'il embrasse ce monsieur pour moi ! Qu'il vienne ! Qu'il vienne immédiatement ;

ADÈLE

Bien, madame. (A part.) Je vais toujours mettre la lettre du petit sur cette table, madame l'ouvrira en la voyant

Elle sort.

ANTON1A

Quelle surprise ! Je disais bien aussi qu'il avait quelque chose. Il était sérieux et embarrassé. Embarrassé, pourquoi? Qu'est-ce qui l'empêchait déparier plutôt que d'écrire ? On ne blesse jamais une femme en lui proposant... Elle est bête, sa lettre, mais je lui pardonne. Il ne sait pas. Il n'a pas l'habitude. (Allant à la table de gauche,) Vite ! Vite ! Le congé maintenant ! Je veux qu'Arthur, quand il va venir, me trouve déjà dégagée. Ln congé de la bonne encre ! Pas de phra-

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