SCÈNE PREMIÈRE SARDANAPALE, MYRRHA, Convives
CHŒUR
Laissons encor, laissons les heures
Couler sans bruit ; Que le festin ne cesse et meure
Qu'avec la nuit.
Doux abandon ! Chère paresse !
Brillants palais ! Ardents climats !
Hommes aimés, restez sans cesse A soupirer entre nos bras !
Laissons encor, laissons les heures
Roi, roi de la terre, Tes peuples, chaque jour, Sous ta main tutélaire, Changent leur cri de guerre En un long chant d'amour.
Les maximes nouvelles Qui tombent de tes mains, Font les femmes plus belles, Les hommes plus humains.
Roi, roi de la terre, Etc., etc.
Les convives se sont agenouillés.
SARDANAPALE
Relevez-vous ! Myrrha, le monde entier m'adore Et rend hommage âmes bienfaits ; Mais je forme d'autres souhaits, Il me faut ton amour encore.
MYRRHA
On t'adore î Mais au noble pays Qui m'a vu naître, On ne m'a pas appris A me courber aux pieds d'un maître.
SARDANAPALE
Eh bien, de ton noble pays On vante les divins poètes ;
Chante, Myrrha, les hymnes qu'ils ont faites,.
Chante, Myrrha, pour un amant soumis.
MYRRHA
Muse de ma patrie,
A la lyre d'airain,
Approche, on te convie
A ce royal festin.
Toi qui chantes l'histoire
D'un peuple libre et fort,
On te présente à boire
Dans une coupe d'or.
La muse hautaine et pure
Ne s'assoit pas chez vous ; L'aigle ne vole pas dans une nue obscure, La vierge ne veut pas d'un vieillard pour époux.
Muse de ma patrie,
Tu mets dans nos berceaux
Le mépris de la vie
Et l'amour des héros.
O sœurs de ma jeunesse,
Vivez vos jours entiers
Sur la terre de Grèce,
Aux bras de vos guerriers.
A leurs âmes vaillantes
Suspendez-vous toujours, Ils peuvent vous montrer des blessures brillantes, Ils vous parlent de gloire aussi bien que d'amour.
SARDANAPALE
Toujours de sang l'homme prodigue, Toujours des combats et des morts ; J'aime mieux vivre sans fatigue, J'aime mieux mourir sans remords.
SARDANAPALE
Buvons ! Nos tables sont chargées De mets exquis, de fruits divins ; Le jus des liqueurs parfumées Fait croire k des mondes lointains.
Et nous n'avons que peu d'années Qui nous glissent entre les mains.
Buvons ! Qu'on dispose D'un si court répit Pour fêter l'épi, La grappe et la rose !
Aimons ! Les esclaves aimées, Quittant l'ivresse des festins, Dans l'ombre des couches parées.
Prolongent nos plus doux matins.
Et nous n'avons que peu d'années Qui nous glissent entre les mains.
Aimons ! Qu'on dispose Etc., etc.
CHŒUR
Aimons ! Qu'on dispose Etc., etc.