ACTE PREMIER
MICHEL, lui répliquant sous le nez.
Mais vous parlez toujours.
DE LA ROSERAVE
C'est que vous êtes un homme terrible... quand vous ouvrez la bouche.
MICHEL
Qu'est-ce que vous entendez par là?
DE LA ROSERAVE
J'entends par là... que vous ne surveillez pas assez votre langue.
MICHEL, à part.
Imbécile ! Crache-lui donc à la figure et appelle-le filou!
DE LA ROSERAVE
Ne recommencez pas à vous fâcher, et puisque vous êtes là, et que je vous donne encore quelques minutes, causons un peu produits chimiques, c'est ce que vous demandez. Parlons de votre couleur, de ce fameux Ecarlate, qui n'a pas le succès que vous espériez et ne nous enrichira ni l'un ni l'autre.
MICHEL
Nous y voilà !
DE LA ROSERAVE
Oui, nous y voilà ! Mon Dieu, elle est bien venue, cette couleur, très nette et très brillante ; mais la préparation exige de grands soins et la main-d'œuvre en est trop coûteuse.
l8S MICHEL PALPER
MICHEL
C'est que vous la payez plus cher qu'elle ne vaut.
DE LA ROSERAYE
D'ailleurs votre rouge est passé de mode et ne va plus au commerce.
MICHEL On le voit partout.
DE LA ROSERAYE Le public n'en achète pas.
MICHEL Tout le monde en porte.
DE LA ROSERAYE
Si vous avez besoin d'espèces, mon cher, il fallait me le dire tout de suite. Je vais vous faire remettre une avance... de trois mille francs, est-ce assez ?
Je ne veux pas trois mille francs, je n'en veux pas cent mille, je veux des comptes.
DE LA ROSERAYE
Ces comptes ne sont pas prêts, et seraient-ils prêts que je ne consentirais pas à les discuter avec vous aujourd'hui.
MICHEL
Pourquoi ?