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ACTE PREMIER

naturel et un véritable fonds de tendresse pour vous. En somme, j'avais fait un mariage vulgaire, mais qui allait devenir un mariage malheureux.

MADAME DE SAINTE-CROIX

Arrêtez-vous là.

EMMA

Laissez-moi continuer, je vous prie. Viveur et coureur, acoquiné aux sociétés équivoques, mon mari, reprit au bout de peu de temps son existence de garçon. Je ne m'en aperçus qu'assez tard, lorsque ses absences se multiplièrent, et qu'on le vit au cercle, aux courses, au théâtre, partout, excepté chez lui. Vous me conseillâtes de fermer les yeux momentanément, d'être avec mon mari... plus libre et plus, coquette, d'être lâche enfin. Je me raidis au contraire, et toutes mes délicatesses offensées me commandèrent une première séparation.

MADAME DE SAINTE-CROIX

Je vous ai indiqué alors, ma chère Emma, les leçons d'une sagesse vulgaire que plus d'une honnête femme a suivies avec succès

EMMA

En faisant comprendre à mon mari que j'étais au courant de ses désordres, j'avais amené entre nous une situation si embarrassée et si pénible que je vous priai d'intervenir pour y mettre fin. Raoul, m'avezvous dit, se montra sensible à vos reproches, mais sa conduite resta la même et il la couvrit seulement de quelques apparences qui m'abusèrent encore une fois.

Fatiguée outre mesure d'un intérieur insupportable, je pris la résolution d'en sortir pour quelque temps. Vous vous élevâtes bien haut contre mes projets de retraite et de campagne, mais il vous parut plus prudent de me suivre que de m'abandonner, et nous vînmes nous établir ici, dans cette propriété que je possédais à quelque distance de Paris. C'était en vérité une rupture pour mon mari, mais ce n'en était pas une encore pour le monde.

MADAME DE SAINTE-CROIX

Que dites-vous là, mon enfant ?

Ce qui me reste à ajouter est plus grave encore. Après tant d'afflictions et tant d'épreuves, j'ai été la première à parler de réconciliation, mais d'une réconciliation digne pour moi et pour mon mari sérieuse. Il faut que Raoul s'amende et se soumette ; il faut que Raoul ne voie plus que son ménage à conduire et sa position à faire ; il faut que Raoul enfin apporte dans notre union la moralité qu'elle exige de moi-même. Mais si mon mari au contraire me revenait sans préparation ; s'il ne pensait qu'à pacifier une brouille légère pour éviter une rupture définitive ; s'il se réservait de troubler encore mon repos, mon esprit et ma conscience en considérant sa femme comme une maîtresse de plus, qu'il sache bien que je n'accepterai jamais une communauté semblable et que je demanderai à la loi de la briser.

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