SCÈNE V MADAME DE SAINTE-CROIX, RAOUL
RAOUL
C'est inutile, ne m'annoncez pas. (Entrant.) Bonjour, maman.
MADAME DE SAINTE-CROIX
Te voilà enfin, méchant garçon !
RAOUL
Tu as bonne mine. On ne dépérit pas ici.
MADAME DE SAINTE-CROIX
Je me porterais mieux encore si j'avais un fils raisonnable qui consentît à se laisser vivre entre sa mère ■et sa femme.
RAOUL
Tu commences? Déjà! Donne-moi le temps de souffler, je te prie. Je me doute bien que tu n'es pas contente et que tu ne m'attendais pas pour me faire des compliments. Je n'en mérite aucun, je l'avoue. Si l'on distribuait des prix de mariage, il faudrait que cette institution fût tombée bien bas, plus bas qu'elle n'est, pour que j'obtinsse le plus léger accessit. Me voici cependant.
J'accours dans cette ville immense Oui m'a ravi tout mon bonheur,
et il faut éviter principalement que je reparte avant d'avoir vu l'objet en question, ce qui ferait toutman-
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quer. Quand je te dirai, tiens, comme ça : Et ma femme ? Alors nous parlerons de ma femme, puisque j'en ai une.
MADAME DE SAINTE-CROIX
Viens t'asseoir près de moi.
RAOUL
Non, pas encore. Je me méfie.
MADAME DE SAINTE-CROIX
Ne riez plus, Raoul, et écoutez-moi. Je pense qu'avant de venir ici vous avez fait des réflexions sérieuses ?
RAOUL
Des réflexions sérieuses m'auraient retardé inutilement. Tu m'as demandé bien autre chose, un véritable tour de force. Il m'a fallu prendre sur moi de régler toutes mes affaires pour trois ou quatre jours ; mettons-en cinq. Cinq jours bien employés doivent suffire à une réconciliation entre époux. S'il le faut, je finirai la semaine.
MADAME DE SAINTE-CROIX, très affectée.
Je vois bien tristement que mon indulgence a produit des fruits déplorables et qu'il n'y a plus pour mon fils ni affections ni devoirs capables d'arrêter son incorrigible nature.
N'en dis pas plus ; j'ai dormi en chemin de fer.
(Allant à elle.) Allons, ne pleure pas, embrasse-moi et parle.