ACTE PREMIER
MADAME DE SAINTE-CROIX
Je ne le connais pas, au moins. Eh bien, Raoul, parle-moi à ton tour.
RAOUL
Que veux-tu que je te dise ? Nous verrons.
MADAME DE SAINTE-CROIX
J'espère bien, mon cher enfant, que tu vas sauver ton ménage en regagnant le cœur de ta femme et non pas le compromettre plus encore en cherchant querelle au premier venu.
RAOUL
Rassure-toi. Mon opinion est faite à cet égard. Je •comprends qu'on se batte pour une bêtise, je l'ai fait plusieurs fois. Mais se battre pour sa femme, c'est ridicule d'abord et c'est inutile ; on ne peut pas recommencer tous les jours. Allons, il était écrit que Mll° Rose-Joséphine-Emma Puypardon me donnerait plus d'ennui que d'agréments. J'ai fait bien des sottises dans ma vie de jeune homme, mais la plus grande a été de me marier.
MADAME DE SAINTE-CROIX
C'est ma faute et je l'ai regrettée amèrement.
RAOUL
Oui. C'est bien ta faute. Tu m'as jeté là dans une impasse, après m'avoir fermé toutes les carrières.
Lesquelles ?
RAOUL
J'ai dit: toutes, sans exception.
MADAME DE SAINTE-CROIX
Il ne te manquerait plus, Raoul, que d'être injuste avec ta mère. Si tu avais eu, je ne dis pas une vocation, mais un goût quelconque, je l'aurais encouragé de toutes mes forces, quoi qu'il eût pu m'en coûter.
RAOUL
Mais j'ai voulu m'engager un jour.
MADAME DE SAINTE-CROIX
Oui, et le lendemain tu désirais entrer aux Affaires Étrangères. Soldat et diplomate, comme ça se ressemble !
RAOUL
Ça se ressemble pour moi. Ce sont deux états où. l'on ne fait rien.
MADAME DE SAINTE-CROIX
Plains-toi donc ! Crois- tu que je n'ai pas tenu compte de ta paresse et de ta légèreté en te faisant entrer dans L'Administration supérieure ?
RAOUL
C'est bien agréable pour l'Administration supérieure ce que tu dis là. La belle affaire ! Je suis souspréfet, en attendant qu'on les supprime'; tandis qu'on ne supprimera jamais le personnel diplomatique, qui rend de véritables services. Si j'en faisais partie au-