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ACTE PREMIER

chercherons ce qu'il y a de mauvais en vous pour le réduire et ce qu'il y a de bon pour en tirer parti. J'ai gardé le souvenir très exact d'une soirée, celle de notre contrat, où vous m'aviez donné de vous des espérances fort honorables ; vous y fûtes aimable sans excès, sérieux sans embarras, de la meilleure tenue du monde. Cette impression était la mienne et celle de toute la galerie.

RAOUL

Je représente, n'est-ce pas ? Je sais représenter ? Je suis indiqué pour le monde officiel ? Je me la rappelle bien aussi cette soirée, la conversation de votre tuteur et son gilet de velours vert. Ce brave vieillard ne me quittait pas d'une semelle, et, comme il avait la toquade des sciences, il me faisait à propos de vous, qu'il comparait à une plante, un cours de botanique mélangé d'anatomie, que j'écoutais sans rien comprendre, en contemplant son gilet. Je pense souvent à votre, tuteur, qui est resté un phénomène à mes yeux. Sa fortune était médiocre ; il n'avait pas de fonctions, pas de croix ; il portait des gilets de velours vert, et cependant on le considérait comme un homme de poids. Cette question du poids dans la vie me tourmente depuis quelque temps. Je voudrais trouver une position sérieuse qui convînt à un homme frivole. Il y a beaucoup de ces positions-là... dans le gouvernement surtout... quel qu'il soit. Je regrette bien que votre tuteur n'en ait pas eu une ; j'aurais stipulé, en vous épousant, qu'il me la transmettrait, comme on le fait dans plus d'un mariage pour des emplois souvent considérables .

3l8 L'ENLEVEMENT

EMMA

Mais vous avez votre place, Raoul, car vous êtesun homme en place.

RAOUL

Oui, j'ai ma place en effet. Elle ne m'a jamais donné moins de mal que maintenant. Je viens de me lier avec le receveur de mon arrondissement, qui est un très gentil garçon comme moi, et nous avons organisé un système assez commode. Quand je suis appelé à ma sous-préfecture, je passe à sa recette, où je donne de ses nouvelles ; quand il est appelé à sa recette, il passe à ma sous-préfecture, où il fait bien mes compliments. Vous ne me croirez peut-être pas, mais dansnôtre ressort on ne se plaint d'aucun abus.

EMMA

L'abus, c'est le ressort même.

MADAME DE SAINTE-CROIX

Voilà une jolie histoire, Raoul, et je t'engage à la raconter ailleurs qu'ici. Tu t'étonneras après de ne pas avancer!

RAOUL

Priez ma mère, ma chère Emma, de laisser le dépôt de la morale entre vos mains. J'ai la conscience assez lourde sans qu'on me reproche encore mes désordres administratifs.

EMMA

Vous n'avez pas changé, Raoul, depuis que je vous ai vu. Je ne parle pas de votre personne, qui est tou-

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