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ACTE DEUXIEME

DE LA ROUVRE

Follement, madame, follement. Le nez dans les livres et la main aux fournaux. Elle ne quittait pas la cuisine où elle dévorait des romans. Un hasard, un service à rendre, s'il faut tout vous dire, m'avait conduit chez cet homme où je retournai plusieurs fois. Sa conversation était curieuse et intéressante ; en l'écoutant je me laissai surprendre par la beauté de sa fille. Amour, soit, mais pitié aussi pour une pauvre créature que l'insouciance paternelle devait jeter tôt ou tard sur la voie publique. Incapable de la séduire, j'eus la faiblesse de l'épouser. Cette union si singulière une fois conclue, je m'y abandonnai sans réserve, et tout ce que contient le cœur de tendresse, d'inspirations et de bienfaits, je les prodiguai à cette femme, aveuglé par ses grâces enfantines qui recouvraient une corruption naïve épouvantable. Qu'a-t-elle fait, madame, pendant nos trois années de mariage ? Quel fut le nombre de ses perfidies ? Quelles basses intrigues noua-t-elle chaque jour derrière mon dos? Je ne l'ai jamais su. Un jour, l'animal n'est pas plus lubrique dans ses instincts, je l'ai surprise avec mon valet. Ah ! bien que la vie soit d'essence divine et qu'on ne saurait y attenter sans crime, je les aurais tués l'un et l'autre, si l'homme généreux ne se sentait défaillir au moment de frapper.

Il se couvre le visage avec les mains.

EMMA

Je comprends toute la tristesse de cette confession et son côté misérable ; mais votre caractère n'en est

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pas atteint à mes yeux et l'éclaboussure retombe ait ruisseau d'où elle est partie.

DE LA ROUVRE

Adorable femme !

EMMA

Retournez chez vous maintenant, où mon mari doit: vous attendre. Je vous demande d'être calme, plus modéré qu'il ne le sera lui-même, et de ne donner aucune suite à cette aventure.

DE LA ROUVRE

Sont-ce là vos adieux, madame ?

EMMA

Quels adieux ? Est-ce sérieux ce départ que vous me. faites annoncer par ma femme de chambre ?

DE LA ROUVRE

J'étais venu vous en instruire moi-même. Pourquoi ne m'avez vous pas reçu ?

EMMA

Pourquoi ? Je ne devrais pas vous le dire. Je venais de me fâcher avec mon mari qui décidément mêlasse et m'écœure. Je n'ai pas voulu que vous me rappeliez votre amour dans un pareil moment.

DE LA ROUVRE

Un mot, un mot de plus ! Partons ensemble, voulezvous, madame? Franchissons cette porte à notre tour, le pied ferme, la tête haute. Partons, pars, te dis-jev

fuis avec moi. Quittons comme des fous, comme des possédés, cette société régulière, qui condamne la passion et se satisfait avec ses vices. N'hésite plus î Qui te retient? Quelle lutte prolonges-tu, où s'usent tes grandes forces, dans des chocs puérils, sur des réalités de pierre? Ce martyre est-il digne de toi? Merveilleuse jeune femme, organisée pour l'action d'une vie supérieure, un chiffon de papier dans la main d'un enfant, voilà le pacte qui enchaîne ta destinée et te tient à la terre. Est-ce moi que tu redoutes ? Les mensonges d'un homme sensuel ? Aurais-je tant souffert pour t'entraîner dans une aventure ? L'association de deux âmes et l'éternité de leurs sentiments, voilà ce que je te demande et ce que j'ai cherché en vain jusqu'ici.

EMMA

Ecoutez ma dernière parole. Je ne suis pas prête à vous suivre et je ne veux pas que vous me quittiez.

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