‹ Théâtre completChapitre 233 sur 235 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

RAOUL

Elle ne l'est plus, après l'inconvenance qu'elle a commise en venant dans une maison habitée par ma mère et par ma femme.

EMMA

Ça me suffit. Retirez-vous.

RAOUL

Je m'en vais (à part) et je reste. Je connais la scène maintenant, Antoinette me l'a apprise.

EMMA

Je retourne à Paris demain, je vous l'annonce,

RAOUL

Partons de suite, voulez-vous ? Nous le pouvons encore. J'ai vu bien des querelles se terminer par une fantaisie.

EMMA Dans le monde où vous vivez !

RAOUL

Vous le critiquez trop, le monde où je vis. On y rencontre des gens très intelligents, qui ne le quittent que lorsqu'ils sont complètement ruinés. J'ai de plus qu'eux le mérite d'avoir conservé ma fortune.

EMMA

Oui, vous n'êtes pas prodigue en effet. Il ne vous manque qu'un vice, celui qui relève tous les autres.

RAOUL

Vous parleriez différemment si j'avais compromis votre det ou engagé vos bijoux, comme un de mes amis l'a fait avec sa femme.

EMMA

Je ne la plains pas plus que moi !

RAOUL

Que me reprochez-vous au bout du compte ! Quelques misérables fredaines, qui ne se renouvelleraient pas si vous aviez plus d'esprit dans votre ménage et si j'avais plus d'autorité. J'ai fait la maladresse, en arrivant ici, d'attendre votre caprice au lieu de reprendre nos habitudes ; c'est de là que sont venues toutes nos difficultés et elles dureront jusqu'à ce que nous nous soyons embrassés franchement.

EMMA

Quelle pensée aviez-vous en ouvrant cette porte?

RAOUL

En ouvrant cette porte, je me suis demandé si c'était bien la vôtre. Je ne connaissais pas la chambre de ma femme, c'est ridicule.

EMMA

Votre femme a cessé de l'être et sa chambre vous est interdite pour toujours. Nous ne sommes plus des ennemis, nous sommes des indifférents, à mille lieues l'un de l'autre par le contraste de leur esprit, de leur cœur, de tous leurs sentiments et de toutes leurs pen-

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