ACTE TROISIÈME
RAOUL
Vous pouviez mieux choisir. Je ne suis pas content de mon successeur. Il n'est pas beau.
EMMA
Il l'est assez pour me plaire. Je n'ai pas le goût des
filles.
RAOUL
Je l'ai trouvé prudent, pour ne pas dire poltron.
Il s'est battu, à l'armée, comme un homme, et nonpas comme un niais sur le terrain.
RAOUL
Convenez que ce sont ses malheurs en ménage quivous le rendent sympathique.
EMMA
Il a épousé une coquine, voilà ce que vous voulez dire ? Je suis bien la femme d'un drôle.
RAOUL, se levant brutalement.
Quel est ce ton ? Me croyez-vous disposé à entendre des vilenies et des impertinences ? Vous allez me faire des excuses.
EMMA
Des excuses, à vous, le plus pauvre des hommes !
RAOUL
Triple pédante, pensez-vous m'éblouir avec votre grec et votre latin?
368 l'enlèvement
EMMA
Toutes les langues de la terre ne me suffiraient pas pour vous exprimer mon mépris.
RAOUL
Faites-moi des excuses ou je vous les impose par la force.
Je vous en défie ! Sot ! Fanfaron ! Bellâtre !
(Il lui donne un soufflet. Elle s'arrête, hésite et va sonner plusieurs fois.)
RAOUL, à mi-voix.
Je crois que nous sommes des irréconciliables.
ADÈLE, entrant.
Monsieur était ici ; le cocher attend toujours ses ordres.
RAOUL
Ai-je tout ce qu'il me faut dans la voiture ?
ADÈLE Je le crois, monsieur.
RAOUL
Je retourne à Paris. Je voulais partir en sortant de table et malheureusement ma mère m'en a empêché. J'espère encore que vous lui demanderez des conseils ; elle me fera connaître vos intentions, (il sort.)
EMMA
Adèle, prenez-moi une pelisse et un chapeau.
(Elle ouvre la fenêtre ; on entend la voiture s'éloigner ; elle va