ACTE QUATRIEME I
d'arrêt. Elle descend je descends derrière elle ; elle s'achemine vers le buffet, je m'achemine un peu plus loin. Bientôt le bruit d'une contestation s'élève, un rassemblement se forme, c'était Caroline dans une situation que je ne m'expliquais pas d'abord. Elle me reconnaît et vient à moi, en me disant : « Mon Dieu, monsieur, je suis victime d'une mésaventure fort désagréable ; ayez donc la bonté de régler la petite dépense que je viens de faire. » C'est piquant. Nous quittons Tonnerre ; la conversation s'engage et je m'étonne de voir une jeune femme comme elle voyager seule. Non. Il paraît qu'elle vit toujours seule... depuis la mort de son mari, qui a été tué à Magenta. Sa mère habite Moscou, hiver comme été. Elle a un parent en Italie... C'est sa mère qui est en Italie...^ le parent qu'elle a à Moscou est secrétaire d'ambassade, ça ne peut pas être sa mère. Bref, l'histoire de sa famille, qui est très nombreuse, nous conduit jusqu'à Paris. Je m'étais offert pour la mettre en voiture ; elle me demande alors mon nom et mon adresse, afin de me faire porter la petite somme que je lui ai si galamment avancée ; je refuse ; je refuse parce que je n'aime pas à jeter mon nom dans la circulation. Mais ce trait de probité m'a donné d'elle une idée fort avantageuse. On rencontre souvent en chemin de fer des femmes d'une moralité incertaine... Hein T ma montre, je n'ai plus ma montre... La voici, je l'avais mise dans le gousset de mon pantalon pour voyager. J'ai mon épingle, mon mouchoir... Tu seras donc toujours méfiant, Bernardin !