ACTE DEUXIEME
ARMAURY
Pauvre petit bichon, ne t'occupe pas de cela non plus. D'abord, ma carrière de grand avocat... avec quatre r, ne sera pas brisée pour si peu. Ce n'est pas pour deux ans et quelques mois de nourrice passés à Londres qu'on m'aura oublié au Palais et dans les affaires. Je sais bien que le Conseil de Tordre se réunira, mais j'en faisais partie ; alors !... Puis les avocats à Londres me recevront très bien, ma réputation me créera là-bas, si je veux, une situation d'affaires très convenable. Tout de même il faut bien avouer que, dès après-demain, dans Paris, ah ! ça va être comme on dit dans tous les styles, ça va être « un rude pétard ». Quand on va apprendre ma fuite avec une petite fille du monde, de dix-huit ans I
DIANE
On le tiendra peut-être caché ?
ARMAURY
Les fuites de Varennes ne sont jamais cachées. Nous allons laisser quelques sillages de bruit derrière nous.
DIANE
Bah ! ce n'en est que plus amusant.
ARMAURY
Tu es féroce de gaieté ! Mais, il n'y a pas à s'illusionner : je suis sous le coup d'un référé.
DIANE
A l'étranger, ça existe encore les référés ?
ARMAURY
Certes ; mais comme c'est beaucoup plus com-
pliqué, c'est beaucoup plus simple !... Nous vivrons tranquilles et merveilleusement à Londres ou ailleurs.
DIANE
On voyagera, dis ? Beaucoup ?
ARMAURY, souriant.
Oui, la nature, c'est vrai, tu as encore ça à découvrir, toi !
DIANE
Et toi, donc !
ARMAURY
Moi, j'en reviens... La nature, c'est toi, petite. Tu vaux mieux que tous les plus beaux paysages du monde... Autrefois, j'eimais les voyages, la nature, les plaines, les bois... A ton âge, on en est fou... Ensuite, je me suis donné aux idées, aux grandes idées, pour lesquelles on vit et on meurt... Maintenant que j'ai passé cette réalité, les plaines, les bois et toutes les routes humaines, j'atteins l'âge où la réalité commence à se déplacer... A quarante ans, mais oui... je commence à regarder, le soir, les étoiles avec inquiétude. (Il contemple cette enfant, presque à genoux devant lui^ et son œil semble chargé à' une grande angoisse amoureuse.) J'ai mis dans ma valise un livre pour le voyage. (Il sourit.) pour lire le soir quand tu dormiras, si je t'en laisse le temps... et où tout cela est très bien dit.
[Il lui a pris autoritairement le menton et il la regarde),
La terre est le tapis de tes beaux pieds d'enfant.
Eva, paimerai tout dans les choses créées.
Je les contemplerai dans ton regard rêçeur...
DIANE, enfantinement extasiée.
C'est joli ça... m'amour.