ACTE DEUXIEME 8i
ma chère petite femme-enfant, tout ce qui se tramera de mauvais autour de nous... Je serai toujours là, devant toi et, tandis que ces gens vont crier : « La malheureuse ! » je veux que tu me donnes dans un baiser, le démenti défmitif... lu \ erras, tu verras ! Ecoute... l'auto... l'auto qui doit nous prendre !
DIANE
Enfin !
Ils se lèvent d'un bond.
ARM AU R Y, allant à la fenêtre.
Voilà, elle s'arrête devant la porte... l'auto de la liberté ! Viens voir... la porte cochère s'ouvre... Tiens, non, pas encore... c'est un taxi... (Il pousse un cri d'angoisse.) Ah ! Dianette ! regarde... non, ne regarde pas... éloigne-toi...
DIANE Qu'est-ce qu'il y a ! (Elle s'' est approchée cependant derrière le rideau.) Pourquoi vient-elle ?
ARMAURY
Je n'en sais rien, ne t'effraye pas.
DIANE
Vient-elle quelquefois dans la journée ?...
ARMAURY
Oui, quelquefois, mais elle n'a\ait aucune raison particulière de venir aujourd'hui.
DIANE
Marcel, Marcel, que se passe-t-il ?
Mais, rien, ma chérie. Comment veux-tu qu'elle soupçonne ce rendez-vous invraisemblable ?...
Non, non, il n'y a là qu'un contre-temps, mon enfant... Ne fais pas ces yeux d'angoisse !... Rien à craindre.
DIANE
Mais tu ne vas pas lui ouvrir !...
ARMAURY
Si, je vais lui ouvrir. Il est fort probable qu'elle m'a aperçu à la fenêtre, elle demanderait la clef au concierge... elle monterait... Non, non, c'est impossible... Je vais la ren^'oyer après t 'avoir mise dans la pièce du fond là, dans le corridor...
DIANE
Marcel, il ne faut pas qu'elle nous retarde ! Marcel, renvoie-la tout de suite... écoute... j'en ai des sueurs froides.
ARMAURY, essayant de sourire pour la rassurer.
Mais, s'il y avait le moindre danger, je te le dirais ; je t'en conjure, ma chérie, va tranquillement m'attendre.
DIANE, qui s^ accroche à sa manche,
Marcel, et si elle te reprenait, si elle te reprenait ?...
ARMAURY
Quelle folie !
Si elle t'empêchait de partir ?... Jure-moi, juremoi, Marcel, quoi qu'il arrive, quoi qu'elle fasse, que nous allons fuir tout à l'heure ensemble... Je ne veux pas rentrer à la maison, je veux partir avec toi pour la vie et, si nous ne partons pas à cette minute même, nous ne le pourrons plus !
Coup de sonnette.
. ACTE DEUXJÈxME 83
ARMAURY
Calme-toi. Calme-toi ! On sonne à la porte.
DIANE
Jure-le-moi ! J'en mourrais... Tu passeras sur tous les obstacles ?
ARMAURY
Mais il n'y en aura pas, petite Dianette... Il V entraine vers le corridor ^ leurs voix se mêlent.
DIANE
Jure-moi que rien ne t'empêchera de m'emporter.
On sonne à nouveau.
ARMAURY
Je te le jure, sur notre amour... sur ma \ie !... Il Va presque traînée dans le couloir ; la scène reste vide quelques instants. On entend qu'il la met en sûreté dans la pièce où Ketty, tout à Vheure, s'est retirée. Puis il revient presque en courant et va au vestibule d'entrée. On entend des voix.