ACTE QUATRIEME i
sentiment... Un danger 1... Pour qu'elle écrive ainsi, c'est ta vie qui doit être en jeu. Avais- je assez raison de vouloir que tu restes enfermé ?... Reçois-la vite, je vais entrer dans ma chambre.
ARMAURY
Mais non, mon enfant ; pourquoi la recevoir et pourquoi s'émouvoir comme tu le fais ? Billevesées tout ça, chimères de femme I... Il n'y a rien à craindre.
DIANE
Oh ! les femmes ont un sentiment du daager que les hommes n'ont pas... {Elle reprend la lettre.) Il n'y a qu'à voir l'écriture de cette lettre. Reçois-la, je t'en supplie, je t'en supplie... il faut savoir...
ARMAURY
Eh bien, je vais descendre.
DIANE, revenant à lui.
Ça, jamais ! Je te jure bien que tu ne sortiras pas d'ici. Non, non... ce que demande ta femme est parfaitement légitime. Je sais bien, va, que des époux comme vous sont destinés à se rencontrer, c'est fatal... Le tout pour moi est d'être sûre de ta volonté et je n'ai plus peur. Un danger est dans l'air, qu'il faut conjurer à tout prix. Qu'est-ce que les convenances peuvent bien faire là-dedans, grand Dieu I Nous n'en sommes plus là I... Elle a parfaitement bien fait de venir... il faut savoir !... N'y mets pas d'amour-propre, Marcel, je t'en supplie à mon tour. (Elle ouçre la porte.) Dites à cette dame qu'elle peut venir, qu'on l'attend...
Elle referme la porte, ARMAURY
Allons, voyons donc... ma gosse, regarde-moi sourire... fillette I... Nous sommes bien plus forts
i56 LA VIERGE FOLLE
et bien plus malins qu'ils ne croient ! Tout ça, des paroles, des menaces, des enfantillages, Dianette.
DIANE
Je ne vis plus, mon petit coco... (Elle soupire.) Eh bien, je vais aller très sagement dans ma chambre, je n'écouterai même pas... Je vais me coucher... attendre, sans penser...
ARMAURY
Une seconde, alors, une seconde seulement...
DIANE
Et surtout ne va pas, toi bêtement, faire une imprudence quelconque. Est-ce qu'on sait ? Les hommes mettent des questions d'amour-propre dans im tas de choses... Promets-moi que tu feras comme elle le dit... que tu ne sortiras pas d'ici.
ARMAURY
Je le jure... à condition que tu ne fasses pas cette figure désolée... Souris, aie confiance en moi.
DIANE, qui prend la veilleuse sur la table.
Ah ! les veilleuses, Marcel ! (A ce moment, on frappe à la porte.) Déjà î C'est elle I Gomment a-t-elle pu monter aussi rapidement ?...
ARMAURY, allant à la porte.
Elle était peut-être dans le couloir.
DIANE
C'est égal, assure-toi que c'est elle.
ARMAURY, allant à la porte sans V ouvrir. Qui est là ? (On entend une voix qui dit : « Moi Fanny %) Bien.
Il va à Diane qui tient la veilleuse à la main. Il V embrasse passionnément, tendrement^ sur V épaule nue.