‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 117 sur 254 · ACTE TROISIÈME ijô · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME ijô

produit, je n'irai tout de même pas jusqu'à la

fumer 1

MARCELLE, lui baisant le iront pendant qu'on Vétend

avec mille précautions sur le canapé et qu'on met des

oreillers.

Père chéri ! Quelle émotion tu m'as faite !

PRAVIELLE

Doucement, doucement !... Encore un coussin... MADAME BOUGUET, de loin, interroge.

Messieurs, ce n'est rien ? Pravielle, dites, ditesmoi ?...

Madame Bouguet est restée exprés un peu éloignée. Vémotion Vempéche de parler. Une douloureuse attitude de dignité froissée.

PRAVIELLE

Non, Madame, ce sera, rassurez- vous, peu de chose. Du premier examen rapide, nous avons conclu que la balle n'a pas atteint le poumon. Elle a contourné la paroi thoracique et doit se trouver à quelques centimètres de l'omoplate.

BOTJGUET, souriant.

C'est un très joli logement I

HERNERT

Vous voyez, il fait des mots. Il n'est pas bien malade 1

PRAVIELLE

L'extraction sera, je pense, très aisée... Sans quoi, nous n'aurions pas toléré l'imprudence qu'il vient de faire, car c'est une imprudence tout de même de s'être levé ! Mais, il tenait tant à ce que vous le voyiez debout ! Je n'ai pas osé le lui interdire. Après la radiographie, il faudra par exemple qu'il demeure couché et les bras immobiles plusieurs jours...

i;6 LES FLAMBEAUX

MARGELLE

Tu souffres, père ?

BOUGUET

Non 1 C'est même curieux comme je souffre peu ! (A Pravielle.) Regardez 1 (Il lui désigne du regard sa femme.) On dirait que c'est elle qui a reçu la balle.

MADAME BOUGUET, qui a entendu, et gravement.

Peut-être... En plein cœur...

BOUGUET

Ne sois pas trop sévère, ma chérie. Je ne pouvais agir autrement, je t'assure. (Bas à Pravielle.) Eloignez-les une seconde... J'ai à vous dire quelque chose d'important, maintenant qu'elle m'a vu. PRAVIELLE, à Madame Bouguet.

Chère Madame, il faut me laisser seul avec Bouguet... Je vous en demande pardon, mais l'immobilité, le calme, sont nécessaires. Oubliez un instant que vous êtes l'épouse.

MADAME BOUGUET, avec une rougeur subite, comme si on Vavait offusquée.

On oublie difficilement ces choses-là. Monsieur. Viens, Marcelle... Mais votre diagnostic est-il certain, au moins ?...

PRAVIELLE

Je ne crois à aucune complication et je vais vous rappeler... Je m'excuse, chère Madame, mais il est dans les mains de la Faculté.

MADAME BOUGUET, tristement.

Hélas, je sais par expérience que dans la vie le

rôle d'épouse ne précède jamais et suit toujours

le cortège ! (Vivement.) Marcelle, viens, mon petit.

Elles sortent en laissant la porte ouverte, pour que

Hernert puisse les suivre. Hernert, durant cet

aparté, a parlé bas à Bouguet qui sourit.

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