ACTE TROISIÈME
cette ironie... Ah ! justice, justice des idées (Avec un immense soupir.)^ que tu es donc difficile 1
EDWIGE, écroulée sur le pied de la chaise longue Je suis désespérée !... Je suis désespérée !..• Pardon, pardon, mon adoré, pour avoir défondu si stupidement mon triste amour... Pardon même de vous avoir aimé !
BOUQUET, lui imposant la main libre sur le front.
Il ne faut pas demander pardon d'aimer... mais d'avoir exigé toi aussi des droits illusoires I... Allons, ne pleure pas... Il ne convient pas de pleurer... Adieu, ma pauvre petite, car tu es une pauvre petite. Bonne chance ! Que la destinée te soit clémente !... Grandis et vieillis, harmonieusement, si tu le peux !... Je te le souhaite de tout mon cœur. (Une grimace de souffrance.) Quitte-moi, maintenant, nos minutes sont révolues
// laisse retomber la tête $ur les coussins.
EDWIGE, éperdument.
Quoi ?... Adieu, comme cela !... C'est vrai ? Je ne puis pas rester plus longtemps à vos côtés ?... Quel cauchemar ! Cette entrevue de deux minutes, la dernière !... Et quelle entrevue !...
BOUGUET
Va-t'en !...
EDWIGE
Ah ! c'est atroce !... surhumain !... M'arracher à vous ainsi comme au milieu d'une catastrophe et pour toujours, pour l'existence entière !... Oh I oh !... Alors, je ne vous reverrai plus jamais !... Est-ce possible, jamais plus ?... Ce visage-là !... ces yeux !... ces mains !.. tout ce qui a été mon amour I... Vous vivrez... mais pour moi ce sera tout comme si vous n'étiez plus !... Oh 1 c'est
trop dur à supporter, un moment pareil. J'en mourrai sûrement !...
Va-t'en, tu me fais un affreux mal...
EDWIGE
Voilà, voilà... Je m'en vais !... Adieu ! Adieu | Elle retombe en sanglots contre la chaise longue, embrasse au hasard les mains, la couverture.
BOUGUET
Enfant navrée 1... La vie n'a pas été non plus très juste pour toi... Efforce-toi de ne plus penser à moi, travaille... Tu verras, dans dix ans, je ne i serai qu'un souvenir heureux !... Par pitié, laisse- | moi... ma tâche est loin d'être terminée... (Sourdement.) Le plus dur est encore à faire !...
EDWIGE
C'est vrai ; j'aurai trouvé encore moyen de vous martyriser par mon adieu éternel ! Oh ! mon ami ! Quel déchirement !... mon doux maître ! C'est fini, alors ?... C'est fini ?... dites, dites, dites ?...
BOUGUET
Eh 1 oui... Edwige !... Et ce n'est même pas un adieu !... c'est une bénédiction. (De la main il lui touche gravement la tête.) Bon COUrage ! EDWIGE
Adieu, mon amour I adieu, vous I... toi 1... toi !...
Elle marche à reculons, les mains désespérément tendues vers lui, puis sort en poussant des sanglots qui sont presque des cris. Alors, resté seul, il penche la tête en avant, prend son mouchoir et Vappuie sur sa bouche longtemps... Il la considère et ensuite le cache brusquement de la main libre sous un coussin. Il sonne sur un timbre à la portée de sa main. Quelques secondes après, entre Madame Bouguet.