ACTE TROISIEME 2o
BLONDELf bas.
Mais le pouls m'effraie I...
MADAME BOUGUET
Laurent !... Laurent !... (Grand silence. Elle se rapproche.) Mais VOUS ne voyez pas qu'il est mort !... Je vous dis qu'il est mort !...
PRAVIELLE
Allez-vous-en... Madame... je vous en conjure.
MADAME BOUGUET
Laurent !
Bouguet fait un mouvement convulsif.
PRAVIELLE
11 ne respire plus. Le sang l'étouffé...
MADAME BOUGUET, éperdue, crie au hasard ; elle s'élance aux portes.
Au secours... Au secours !... (Des têtes apparaissent aux deux portes. Personne n'ose entrer. Elle se rapproche ensuite, peureusement, pas à pas ) C'est fini, n'est-ce pas ?
Alors, elle pousse un grand cri, les mains deiant le çisage, et reste ainsi, immobile, figée, les lèvres remuées.
BLOND EL, à genoux contre le canapé, sanglote.
Pardon... Pardon... Pardon...
Par la porte ouverte, Hervé se glisse.
PRAVIELLE, bas à Hervé.
J'ai peur pour elle, maintenant. Elle m'effraie... Regardez-la!... Que va-t-elle devenir ? ^£"//e demeure toujours ainsi. Puis elle a Vair de sortir de cette stupéfaction et s^avance vers le corps de Bouguet. Elle touche hébétée, les yeux, le front. Ensuite, elle prononce tout bas . « Chéri !... » Par les portes ouverteSy des élèves, attirés pa-
2o4 LES FLAMBEAUX
les cris de secours, sont arrivés. Talloires et les autres. Ils se glissent, un à un, en proie à la plus grande émotion.
A Pravielie.) Fermez la porte. Fermez, voyons 1
MADAME BOUGUET,
tout à coup, dans un sursaut extraordinaire.
Non... Tous ! Tous,qu'ils entrent ! laissez-les 1... (Ils entrent, les uns en blouse, les autres en veston.) Votre maître vient de mourir, Messieurs !... voyez voyez ! (Sur la pointe des pieds, tête nue, ils se sont avancés. Quelques-uns se mettent à genoux. On entend des sanglots de toutes parts.) C'est fini !... Ce beau front ne pensera plus... Ce lèvres ne parleront plus I...
Elle défaille, presque extatique. Hervé la soutient. Pendant ce temps, un mouvement hostile à Blondel se produit. Certains vont jusqu'à le menacer, à voix basse. On le pousse.
HERVÉ, bas.
Votre place n'est pas ici, Monsieur. Sortez...
TALLOIRES
Oui... Qu'il sorte... l'assassin !...
Blondel inerte, pleurant, ne répond pas. Il se laisse presque faire et pousser des épaules vers la porte.
MADAME BOUGUET, qui allait s'évanouir^ se redresse et les arrête d'un geste solennel. Surhumaine^ dressée en statue livide, elle parle.
Messieurs... la dernière pensée de votre maître a été celle-ci : « Je vous lègue mon esprit et ma tâche ! » Il nous a dit, à Blondel et à moi : « Jurez que vous vous élèverez au-dessus des actes et de la haine... jurez que, unis par-delà ma mort, vous travaillerez ensemble à mon œuvre... » Il est mort, Messieurs, avant que j'aie pu le satisfaire 1... (Tout le monde éclate en sanglots et se met à genoux. Elle