‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 139 sur 254 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Au lever du rideau, FRÉDÉRIQUE, ULRIG, son mari,MADAME DESROYER sa mère, avec une sœur de charité ; à ses côtés, un voisin, MON- SIEUR DE VILLEDIEU, JULIEN BOC- QUET.

ULRIG, désignant la pergola à droite.

Vous voyez quatorze colonnes de chaque côté.

FRÉDÉRIQUE

Mère, vous n'aurez pas froid ?

LA SŒUR, s'' approchant.

Madame, il est déjà quatre heures.

MADAME DESROYER

Jamais de la vie ! Il y a six mois que je ne me suis senti d'aussi bonnes jambes 1

MONSIEUR DE VILLEDIEU

Vos douleurs vont disparaître avec l'arrivée du printemps, Madame Desroyer.

MADAME DESROYER

Le printemps ! le printemps ! j'en suis revenue. Le printemps, c'est comme les enfants qui tarabustent les vieux et les font enrager en leur tirant les jambes. Si ce n'était mon accident d'il y a un an, je ne me serais jamais mieux portée et j'aurais pu envoyer cette bonne sœur au diable.

LA SŒUR

Ne faites pas attention, Monsieur, je suis habituée aux rebuffades de Madame Desroyer. D'ailleurs elle a raison de ne pas me considérer comme sa garde ; je travaille au jardin potager, je sarcle, je bine.

MADAME DESROYER

Elle bouchonne les chevaux et elle m'a appris à jouer au bésigue chinois... Il faut ça quand on vit seule...

FRÉDÉRIQUE

Mère, ne vous plaignez pas de nous cette année ; jamais vous n'aurez eu vos petits-enfants aussi longtemps.

Le fait est que vous m'avez gâtée !

ULRIC

Vous les aurez eus trois grands mois.

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