ACTE PREMIER aij
MONSIEUR DE VILLEDIEU
C'est une grosse affaire de construction que votre casino de Sinaïa ?...
ULRIC
Oui, cela peut me rapporter au bas mot cinquante mille francs.
MONSIEUR DE VILLEDIEU
Oh 1 vous n'avez plus besoin de cette misère.
ULRIC
Mais si, mais si, on a toujours besoin d'économiser pour les enfants.
MONSIEUR DE VILLEDIEU
Bah I vous gagnez ce que vous voulez, et cette immense propriété...
ULRIC
Mon cher, la propriété est à ma belle-mère... On dépense à l'embellir, mais elle ne rapporte rien... Elle coûte même d'entretien à Madame Desroyer beaucoup d'argent...
MONSIEUR DE VILLEDIEU
Oh ! elle est si riche. Madame Desroyer 1
FRÉDÉRIQUE, du fond.
Ah ! voilà enfin les demoiselles Castel !
MADAME DESROYER, à la sœur.
Alors, j'attends une seconde, je vais les saluer.
FRÉDÉRIQUE, à Julien.
Avec votre mère, Julien.
JULIEN
Je vous l'avais annoncé, elle vient vous rendre visite. Ça ne vous gêne pas ?
ai8 LES SŒURS D'AMOUR
FRÉDÉRIQUE
Eh bien, allez au-devant d'elle.
JULIEN
Est-ce nécessaire ?...
FRÉDÉRIQUE
Ce sera au moins poli, mon cher. (Julien s'en va.) Il y va comme un chien qu'on fouette.
Elle fait des signes de loin avec la main.
ULRIC
C'est un genre. Au fond, il adore sa mère ; seulement, comme tous les fils qui parviennent à un certain niveau social, il a un peu honte de son extraction. (RiantJ Madame Bocquet dit : votre dame, votre demoiselle. Mais il la vouvoie avec respect au moins devant le monde.
FRÉDÉRIQUE
Je trouve ça très délicat. Elle est employée au Bon Marché... surveillante, je crois... Elle en a bien l'air.
ULRIC
Le père est mieux, un ancien marin colonial... Je l'ai vu une fois... Julien ne t'a jamais montré sa photographie ?... Demande-la-lui. Tu verras. C'est un type.
FRÉDÉRIQUE
Au fond, dis-moi, je n'ai pas encore compris ce que fait sa mère depuis huit jours, dans le pays ?
Ni pourquoi il Ta installée chez les demoiselles Castel ?