ACTE PREMIER aSj
ULRIC, s'approche.
Tu es souffrante ?... Qu'éprouves-tu ?... Où astu mal ?...
FRÉDÉRIQUE, toujours la tête basse.
Je rentre à la maison... Ne vous occupez pas de moi... ce n'est rien.
MADEMOISELLE MARTIN
Vous avez les mains glacées !... Oh I Madame, nous sommes impardonnables!... Vous aurez (U froid en nous attendant ici.
FRÉDÉRIQUE
Peut-être... oui...
BLANCHE CASTEL, à sa sœur.
Elle n'est réellement pas bien. Regarde comme sa figure est décomposée.
FRÉDÉRIQUE
J'aime mieux qu'on me laisse seule... je rentre.
ULRIC
Viens, tu vas t'étendre un peu au salon. D'où souffres-tu ?
FRÉDÉRIQUE
Je t'en prie I... Je préfère me reposer seule dans ma chambre.
ULRIC, à ces demoiselles.
N'insistez pas... je la connais.
Frédérique s^en va par la prairie sans se retourner. Tout le monde a les yeux sur elle.
MONSIEUR DE VILLEDIEU, à Vlrie.
Mais VOUS ne pensez pas que ce soit sérieux, mon cher ?
ULRIC
Je ne sais pas... J'irai voir dans quelques ins-
tants... Pour l'instant, elle désire qu'on ne s'occupe pas d'elle. Servez le thé, mes enfants 1
JEANNE CASTEL, près du banc, au fond, regardant dans la direction de la prairie.
Oh ! mais elle marche avec peine... elle s'arrête.. (Poussant une exclamation.) J'ai cru qu'elle chancelait !... Ah ! la voilà qui repart.
Tout le monde est de dos et regarde, ULRIC
Ça m'étonnait. Voyez, elle trotte.
JEANNE CASTEL
Mais elle traverse la prairie au plus court 1
Pendant ce temps, seul, Julien s'est tenu écarté, au premier plan, silencieux. Mademoiselle Martin se rapproche de lui avec vivacité, pendant que les autres regardent au loin.
MADEMOISELLE MARTIN, à Julien.
J'espérais que vous viendriez nous prendre après déjeuner. J'ai griffonné dix lettres à des amis, ce matin. Je suis heureuse !... Et vous ?
JULIEN, tristement et pensif.
Chut !... C'est surtout cette phrase-là qu*il ne faut jamais dire 1
MADEMOISELLE MARTIN
Pourquoi ? Le bonheur est une sensation sur laquelle on ne se trompe pas 1 Donc, lorsqu'on en est bien sûre...
JULIEN, l'interrompt, Vceil tourné vers l'horizon où vient tout à Vheure de disparaître la silhouette chancelante de Frédérique.
On sait toujours qu'on a été heureux, Mademoiselle... on ne sait jamais si on l'est encore 1...
RIDEAU