ACTE DEUXIÈME a
FRÉDÉRIQUE, assise sur Vx et les yeux hagards.
Sur quelle histoire travailles-tu ? Celle de Duruy ou celle de l'abbé Surger ?
A ce moment on frappe à la porte de gauche.
FRÉDÉRIQUE
Entrez.
LE DOMESTIQUE
C'est l'auto qui revient, Madame. (Silence.)
FRÉDÉRIQUE, ne se retourne pas oers le domestique. Après un silence oppressé, elle articule péniblement avec angoisse.
II y a quelqu'un ?
LE DOMESTIQUE Oui, Madame (La mère et la fille se regardent.) Dois-je faire attendre ?
FRÉDÉRIQUE
Oui, je sonnerai quand il faudra faire entrer... {A Thérèse.) Va vite, une visite à recevoir.
Thérèse s^en va par la droite. Le domestique est sorti. Frédérique reste seule avec sa mère.
MADAME DESROYER
Réfléchis ! Il est encore temps 1
FRÉDÉRIQUE, prenant les mains de sa mère et lui faisant tdter les siennes.
Regardez comme c'est curieux, le pauvre cœur humain I Je suis exactement dans l'état où j'étais quand il m'a appris son mariage... les mains froides... la gorge coupée... la salive qui ne veut pas venir... Alors qu'on parte, qu'on revienne, c'est donc toujours la même chose ?
MADAME DESROYER, Vembrassant avec effusion.
J'attends là-haut... avec quelle angoisse, moi
a86 LES SŒURS D'AMOUR
aussi 1... Et n'est-ce pas ?... quoi que tu dises... quoi qu'on t'ait demandé,., souviens-toi de toimême !
FRÉDÉRIQUE
Oui... oui... mère... Sonnez, je vous prie...
Madame Desroyer sonne, puis sort vivement, non sans avoir adressé à sa fille un dernier et long re^ gard d'anxiété. Frédérique reste seule, les yeux clos. Julien antre. Frédérique et Julien ne se sont même pas regardés... Julien s^est appuyé tout de suite à la cheminée, de dos à Frédérique, et Frédérique regarde obstinément par terre. Ils sont pris ensemble d'une même crise de sanglots convulsifs qui a commencé légère, embarrassée, pour éclater violente, comme si les pleurs de Vun encourageaient ceux de Vautre. Un grand temps.