ACTE TROISIÈME 3a
JULIEN, froid, continuant de tracer quelques barres au crayon, sur la table.
Pardon, mon cher, je vous arrête tout de suite... Venez-vous de sa part pour me rappeler que je n'ai pas d'usages... Dans ce cas je vous avertis...
DASTUGUE
Mon petit, ne le prenez pas sur ce ton. Je vous jure que c'est amicalement, affectueusement, que je viens.
Il essaie de lui prendre la main.
JULIEN
Si c'est dans l'espoir d'une dernière reprise, votre intervention restera inutile... Deux fois j'avais rompu : en octobre dernier, nous avions par faiblesse repris nos relations. Ma décision est cette fois irrévocable... (Il lui tend son porte-cigarettes ouvert.) Cigarette, Dastugue ?
DASTUGUE
Vous ne la connaissez pas, mon cher ; je vous assure que c'est une femme dont le sincère attachement ne peut être mis en doute... Oui, je sais que vous avez fait pour elle de gros sacrifices et que vous avez peut-être conclu à un attachement intéressé... eh bien...
JULIEN
Pardon... là encore, je vous arrête... J'ai fait, autrefois, je le reconnais, pour cet être de luxe, quelques folies de jeunesse... Vous le savez, puisque vous avez été un de ceux auxquels, à un moment angoissé de ma vie, j'ai cru devoir m'adresser.
DASTUGUE
Et croyez, mon cher, que si je vous ai refusé
3a6 LES SŒUKS D'AMOUR
la somme que vous me demandiez, c'est que j'étais moi-même à un tournant...
JULIEN
Oui... Ne revenons pas but ces douloureux et stupides souvenirs... Si j'y fais moi-même allusion, c'est pour vous assurer que pas une seconde je n'ai accusé cette femme d'éprouver pour moi un attachement intéressé. Elle m'a donné les preuves de sa sincérité. Nous avons été plus que des amants ordinaires, nous avons failli nous coupler au point de tout briser autour de nous. Et ceci vous ne l'avez pas su... Depuis lors, quand elle a connu les embarras d'argent où j'ai failli sombrer, elle fut d'un désintéressement absolu. Je lui rends cette justice devTunt vous, bien volontiers, vous qui êtes son meilleur ami. Sachez que le produit de mon travail assidu et qui fut très lourd, depuis bientôt un an, a passé intégralement d'abord à refaire mon ménage et aussi à éteindre en partie les dettes auxquelles je tiens à faire honneur!... Que voulez-vous ? Je suis un autre homme. L'âge a modifié mes fièvres... Je redeviens le petit bourgeois que j'aurais dû toujours rester... j. Jeunesse usée 1...
DASTUGUE
St ce n'est pas moi qui vous contredirai. Votre charmante femme vaut bien cette rentrée au bercail. Ne me considérez pas, je vous en prie, comme un compagnon de débauche ; mais croyez que j'ai été impressionné tout à l'heure ! Retournez chez elle dès ce soir... Elle était si belle, toute frémissante dans une robe d'argent à moitié déchirée !... Heureux l'homme qui fait couler des larmes de ce style !... Regardez-moi dans les yeux. Je la connais. Prenez garde I