ACTE TROISIÈME
seconde. Ce que je viens d'entendre ! Oh 1 Madame, Madame... vous n'avez pas idée de ce que cette femme nous jette à la figure !... car vous aussi, elle allait jusqu'à vous accuser!...
FRÉDÉRIQUE
Moi, moi ? Pourquoi m'accuser ?... Que suis-je là dedans ?
ÉVELINE
Est-ce que je sais ? Elle était en bas dans sa voiture, et, comme pour toutes celles qui font un crime, une voilette cachait son visage. Je voulais savoir qui était la dénonciatrice... Ah 1 je l'ai vite reconnue... je l'avais aperçue dans des salons, à des soirées... Je l'ai prise par le poignet, forcée à descendre. C'est sans doute ce qu'elle souhaitait, car, alors, dans le vestibule, elle s'est mise à m'entasser dans les mains ces choses-là, des papiers... des papiers... Elle disait : « Vite, vite, prenez Madame !... » Elle accumulait les mots comme si elle avait peur de n'avoir pas le temps de tout révéler en une fois, et votre nom revenait sans cesse, mécaniquement... comme celui de Julien... Madame Ulric... Madame Ulric...
FRÉDÉRIQUE
Par exemple ! C'est un peu fort !
ÉVELINE
Elle était peut-être jalouse de vous, cette femme 1... En parlant elle avait le maquillage barré de larmes ! Des larmes pour Julien ! Ah I doit-elle l'aimer pour en arriver là !... En une seconde apprendre tout !... Tenez, j'ai trop de
chagrin ! Qu'est-ce que je vais devenir, moi I
Elle se jette sur un fauteuil, en proie à un aceès de désespoir.
FRÉDÉRIQUE
Pauvre petite !...
Quelle tristesse ! ma bonne, ma seule amie !... Car je n'ai que vous comme amie dans cette vie stupide et lâche de Paris... Maintenant que je vais être écroulée, que je n'ai plus une branche de salut, vous serez bonne, dites ? Voua me donnerez du courage ? Dites ! dites !... Qu'est-ce que je lui ai fait de mal à cet homme- là ?
Elle se rejette dans ses bras et pleure^ enfantinement ses premières larmes d^amour brisé.
FRÉDÉRIQUE
Voyons, petite... Ne soyez pas anisi désemparée I S'il y avait une aventure ancienne dans la vie de votre mari, au moins vous en voilà complètement délivrée... Et c'est la preuve même qu'il vous aime, puisque vous prétendez qu'il a rompu, qu'il vient de rompre... peut-être imprudemment, parce qu'il était sincère et qu'il a été véhément.
ÉVELINE
Au fait, vous n'avez pas besoin de le trahir 1 Je saurai tout maintenant. (Elle montre les lettres qu^elle n'a pas lâchées.) Dans ce paquet il doit y avoir de quoi m'instruire 1... Je peux m'en rapporter à la main qui me l'a donné !
FRÉDÉRIQUE
Mais ne lisez pas cela 1 Ce ne peut être qu'un