ACTE QUATRIÈME
ANNA
Nous voulions lui écrire, Rozenne et moi, pour avoir deux mètres de fumier, parce que, en somme, le fumier de l'âne, maintenant...
A ce moment, une vieille femme entre en cape de deuil, c'est la vieille nourrice de Julien.
JULIEN
Te voilà, Margareck !... C'est moi...
La vieille ne dit rien ; elle s*avance.
ROZENNE
Ça lui fait de l'émotion... elle pleure. JULIEN, va à elle.
On s'embrasse ? (La vieille Cétreint.) Alors, tu ne vois plus, ma pauvre Margareck ? (La vieille secoue la tête ) Pauvre I Moi aussi j'ai une grande émotion de te revoir !... Demain, j'irai causer avec toi, parce qu'aujourd'hui nous ne sommes en état ni l'un ni l'autre, n'est-ce pas ?... Et puis, tu devrais être couchée à cette heure-ci. (Bas à Anna.) Que fait-elle toute la journée ?
ANNA
Rien... Elle reste seule sur le seuil de sa maison. Quelquefois, je vous dis, elle va tout de même aux champs... Quand on lui demande si elle s'ennuie, elle répond : « Non, je réfléchis !... » Elle revoit sans doute dans sa tête... Elle est gênée... Je crois qu'elle voudrait s'en aller.
JULIEN
Eh bien, va, Margareck... Demain, je m'assoirai devant ta maison. Nous causerons du passé...
Et puis j'ai quelques petites choses pour toi dans ma valise.
Uaveugle ne parle pas et se détourne en pleurant. Elle sort guidée par Rozenne.
ANNA
Monsieur n'a plus besoin de rien ?
JULIEN
Non, laisse les lampes allumées au salon... et couchez-vous comme d'habitude... sans tarder... Veux-tu dire maintenant à Madame qu'elle peut venir si bon lui semble ?...
Il reste seul. Il met la dernière main aux détails né' gligés, il chantonne ; il va à la porte ouverte, la lampe à la main.