‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 5 sur 254 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

BOUGUET, MADAME BOUGUET, BARAT- TIER, EDWIGE, PRAVIELLE, MAIRESSE, BONVALLET, PÉLISSIER, HERVÉ, TAL- LOIRES et TOUCHET, BLONDEL, MAR- CELLE.

Au lever du rideau, on entre de gauche, c'est-à-dire de V appartement des Bouguet. Le déjeuner vient de prerîdre fin.

PÉLISSIER

C'est prodigieux, ce que vient de nous communiquer Bouguet !

BONVALLET

Je suis dans la stupéfaction.

MAIRESSE

Quel pas en avant et quel bouleversement de toutes les théories !

PÉLISSIER

Mon cher Bouguet, tu as résolu de nous étonner toujours.

BONVALLET

Et notre vénération pour vous deux ne sera jamais excessive.

i4 LES FLAMBEAUX

BOUGUET

Mais non. Comme d'habitude, ma part. (Avec intention.) Notre part, à ma femme, à Blondel et à moi, n'est qu'une contribution au hasard...

MAIRESSE

Pas de mots pareils entre nous, Bouguet I Vous nous avez dit vous-même, à déjeuner, combien de recherches patientes il a fallu pour arriver à reproduire, en partant de cultures, des lésions cancéreuses caractérisées...

BONVALLET

C'est un résultat merveilleux, inattendu, et qui va être formidable de conséquences !...

BARA.TTIER

Il y a encore quinze jours, on m'aurait affirmé qu'on pourrait les provoquer sans inoculation de fragment de lésion, ça m'aurait paru du domaine de la fantaisie ! Du Jules Verne pour première page de journaux !

MAIRESSE

Nous savions pourtant que, depuis longtemps, vous étiez sur la question, mais nous ne nous doutions pas que vous touchiez au but...

PÉLISSIER

Et tu le tenais bien caché !

BOUGUET

Naturellement. Ce que je ne vous ai pas dit, pendant le déjeuner, ce sont nos transes, nos espoirs successifs et nos hésitations finales, lorsque nous avons enfin obtenu ce résultat d'isoler le bacille. Ce résultat-là, voici trois ou quatre mois que nous aurions pu le faire connaître.

MADAME BOUGUET

Oh ! oui, facilement trois ou quatre mois... n'est-ce pas, Blondel ?

AGTK PUEMIliU i5

BLONDEL

Environ.

BOUGUET

Mais j'ai horreur de publier trop vite.

PKLISSIER

Oh I toi, lorsqu'on entend dire que tu vas t'atteler à une question, c'est que tu as déjà résolu le problème aux trois quarts.

BOUGUET

Non, mais, sous prétexte de prendre date, que de conclusions prématurées sont répandues chaque jour, n'est-ce pas ?... Enfin, maintenant, je crois pouvoir, sans aucune réticence, révéler le résultat que nous tenions si soigneusement caché, dans la crainte de nous avancer trop tôt. Et c'est lundi que je lirai, à l'Institut, la note que je puis qualifier d'officielle.

PÉLISSIER

Quel retentissement elle va avoir !

BOUGUET

Je n'ai plus qu'une crainte, celle dont je vous faisais part à déjeuner, que, si le fait nouveau s'ébruite ou se répand trop rapidement, le public ne se méprenne et n'appelle guérison du cancer ce qui n'est, à tout prendre, qu'un premier pas... définitif, je veux bien, mais seulement un premier pas.

PRAVIELLE

Vous avez raison. C'est un besoin pour le public de découvrir des bienfaiteurs de l'humanité.

BONVALLET

Et il se paie d'illusions...

PRAVIELLE

Et puis, ton nom est aimé, ta personnalité trop célèbre, l'Institut que tu diriges trop populaire,

i6 LES FLAMBEAUX

par conséquent trop guetté... Mais quel couronnement de carrière si vous pouviez tous deux attacher votre nom à une pareille découverte !... En tout cas, l'Institut Claude-Bernard va être rudement à l'honneur, dès lundi I

HERVÉ

Du petit au grand, du simple préparateur que je suis à la collaboratrice merveilleuse du maître, tous, ici, nous sommes dans la fièvre.

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