ACTE QUATRIÈME
ment !... Il y a eu une fatalité extraordinaire dans nos rencontres, avouez-le.
JESSIE
On appelle toujours fatalité le résultat de ses propres lâchetés...
SERGE
Pas dans mon cas. Je ne vous ai approchée qu'à des moments furtifs, mais ce sont ces moments-là dont toute votre vie a dépendu !... C'est moi qui ai réuni deux êtres qui s'aima 'ht moi qui les ai séparés... Vraiment, quelqu"un qui me jugerait à mes actes me déclarerait bien et bien absurde!... Et pourtant, ioute
l'influence bizarre que j'ai exercée sur votn vient, à mon insu, de ce que, dès le premier regard, je vous ai désirée... J'aurais dû, sans rien vous demander, m'intéresser à votre détresse... Mais la chair est faible, Jessie, vous étiez belle. attirante !... Quel mystérieux enchaînement des faits, quand on y songe !... J'ai été le bon et le mauvais énie de votre vie désemparée !
JESSIE
Mais non, vous avez été le hasard qui passe, le hasard incohérent, précipité, le hasard qui est notre lot, à nous, aux pauvres filles de mon espèce... le hasard brutal qui brise notre véritable et belle destinée, car j'étais destinée à cet enfant... je ne devais appartenir qu'à lui seul... et j'ai tué son printemps !... Dors, mon petit... dors maintenant... Ah ! c'est que je l'ai vu dormir si pâle... si blême ! J'ai rapporté 1rs deux coussins tachés de sang sur lesquels on avait calé sa pauvre figure.
SERGE
Délivrez votre esprit de ce cauchor
JESSIE
Mais c'est impossible !... Le souvenir est partout de notre avril ici... Son rire d'enfant est là, près de la cheminée où le bois éclate avec un bruit gai... Le jardin où son visage se détache sur toutes les branches !... Alors, quand je pense à ces choses, dont il ne fait plus partie, l'amour de lui m'empoigne... me soulève comme le ferait la peur indignée de la mort ! Je voudrais tenir ses mains chaudes dans les miennes... lui crier que la vie va reprendre à deux... Il serait si content de mes paroles, le pauvre ! Je lui dirais comme autrefois : « Le temps de neige est très doux... viens, oh va ramasser des châtaignes ! » Je ne peux pas croire !... Oh ! dites, dites que je ne suis pas un assassin tout de même !
Elle le regarde avec des yeux suppliants et obsédést
Vous êtes une femme, une pauvre femme très à plaindre... que je voudrais tenir longtemps sur ma poitrine... Ah 1 ma chérie !
Il s'approche et Vembrasse avec élan.
JESSIE, avec un recul de tout [son être.
Oh !... ces lèvres... ces lèvres-là !... Allez-vousen ! Oh ! ce contact... ce qu'il me rappelle ! Alors, c'est vrai, j'ai été cette misérable-là ?... Pourquoi en m'embrassant m'avez-vous réveillée tout à coup ?... Tenez, je me plaignais, mais je ne voyais pas en vous l'homme qui m'a tenue dans ses bras et à qui toute ma chair a menti... Allez-vous-en I Je ne suis plus que votre ennemie !
SERGE
Non I ce n'est pas possible ! C'est sur ce drame que nous devrions nous séparer ? Alors que mon