‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 157 sur 236 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

GABRIEL

Quoi donc ?

JEANNE

Est-ce que tu permets que je t'embrasse !

GABRIEL

Mais voyons, pourquoi pas ?

Merci. (Elle lui saute au cou.) Ah ! ça ravigote tout de même. Tiens, pendant que j'y pense, car j'oublierais tout à l'heure... A coté des brassières, là, j'ai repassé un mouchoir à toi.

GABRIEL

Un mouchoir ?

JEANNE

Oui, un mouchoir que je t'avais pris dans la )Oche de ton veston, pour pleurer... un jour où nous avions eu une petite scène de rien du tout... Tu te souviens... il y a trois semaines... Madame L'vusseur a pu s'apercevoir qu'il manquait. Elle tient si bien le compte du linge ! Tiens, tu 1» remettras dans ton armoire, sous les autres... (Elle lui tend le mouchoir.) Au fait, je ne t'ai pas demandé... Monsieur et Madame Levasseur vont bien ?

GABRIEL

Oui, très bien, je te remercie... Dieu ! qu'il fait chaud, ici. Ne pourrais-tu pas ouvrir un peu la fenêtre ?... Ça pue le nouveau-né 1

JEANNE

C'est vrai. Tu n'y es pas habitué.

Elle va ouvrir la fenêtre.

a46 LA CHAIR HUMAINE

GABRIEL

Evidemment... Je suis plutôt habitué à l'odeur des bouquins et à celle de l'étude...

JEANNE

Tu ne t'es pas approché de lui... Regarde-le... Il dort... Va donc, va... Il ne te mangera pas L

GABRIEL, s' approchant de deux ou trois pas et regardant de loin Venfant dans le berceau.

Est-ce de ma faute si je n'ai pas l'attendrissement paternel ! Je n'ai pas appris ça au collège,, ça ne faisait pas partie du programme.

JEANNE

C'est compréhensible ; être père à ton âge !... c'est une calamité. Tu le regardes plus comme un ennemi que comme ton propre enfant !

GABRIEL

Pourquoi ?... Ce n'est pas de sa faute, évidemment. Je ne te dirai pas que cette situation m'enthousiasme, tu ne me croirais pas... Et puis, d'ailleurs, j,e n'ai jamais aimé les enfants... Je les considère comme des nains, une espèce malfaisante, une espèce à part qu'on appelle dans un autre pays des Kobolds. Je n'aime pas leurs yeux d'épileptiques et leur bouche baveuse... Regarde, en dormant, ces deux sillons au coin des Lèvres...

JEAN m;

Tais-toi ! comment peux-tu dire ça !... C'est si gentil ces petits poings fermés, regarde !

GABRIEL

Il est horrible !

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