‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 230 sur 236 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

venir. Vous voulez... Vous voulez me faire sortir de mes gonds. Je vois ça !

MADAME LEVASSEUR

Vous aurez beau faire, le fruit de la faute n'est pas, aux yeux de la société, la même chose que celui qui est né de l'amour.

JEANNE, tout à coup dressée.

Il est né de l'amour, lui aussi, comme l'autre !... Oui, de l'amour ! Cette chair-là, c'était de la chair d'amour avant de devenir de la chair à canon, ça a été pétri comme les autres dans les baise] elle a saigné sous la mitraille. C'est avec cette chair qu'on a défendu la patrie ! Et quant à moi la fille, la fille, comme vous le dites, elle a aimé de toutes ses forces, et ça a été le seul amour de sa vie !... J'ai failli en mourir... C'était bien aussi de l'amour, Madame, allez... l'amour qui tue, qui pleure, l'amour de mes vingt ans... L'amour de mon cœur, de toute ma chair... Et tu le sais bien... toi... toi !... que j'ai adoré et qui m'as brisé le cœur.

Elle éclate en sanglots.

Assez ! assez !

PHILIPPE, entraîne sa mère.

Cette fois, viens, maman !... Pas ces pûtùh s devant toi !...

MADAME LEVASSEUR

Non ! Laisse !

JEANNE

Pourquoi me pousse-t-on à bout, aussi !

LEVASSEUR

Voulez-vous bien vous taire ! C'est un scandale 1 Une honte ! Je ne reconnais pas votre manière ! Vous, si réservée !...

JEANNE

Ah ! c'est peut-être que mon fils m'a soufflé de la haine au retour de là-bas... (Elle éclate à nouveau en sanglots. Sa clameur augmente.) C'est vous qui êtes méchants, tas de menteurs et d'égoïstes, qui ne reconnaissez pas vos petits quand ils vous ont sauvé la peau !

LEVASSEUR

Mais allez-vous vous taire, bon sang ! Elle a perdu la tête.

MADAME LEVASSEUR

Non. Elle est telle qu'elle devait être. Elle parle en fille du peuple qui vocifère et menace... Voilà où nous en sommes par ta faute ?... à la boue...

Emmène ta mère... Cette fois, je l'ordonne 1

Philippe entraîne sa mère ; ils sortent par la porte de gauche.

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