ACTE DEUXIÈME
JESSIE R ien l . . . ( Georgette sort.)
EMILE, revenant du jardin.
Je ferme les volets, Mademoiselle ?
JESSIE
Non pas !... Laissez-les ouverts... c'est plus jolil Jessie, debout, nerveuse, se verse à boire. Emile se précipite.
EMILE
Mademoiselle allait se tromper... Elle allait se verser du Sauterne en carafe.
JESSIE
Vous êtes le maître d'hôtel ?
EMILE, lui versant le cup.
Il y a vingt ans que je suis le maître d'hôtel de Monsieur le duc, après avoir été dix ans son cuisinier.
JESSIE
Je m'explique le soin que vous prenez de ma personne !
EMILE
J'ai oublié de demander. Qu'est-ce que Mademoiselle prendra demain matin ?... Du chocolat, du thé... du café au lait ?
JESSIE, rougissant légèrement.
Hein ?... Je ne sais pas... Je n'ai pas envisagé la question.
EMILE
Que Mademoiselle m'excuse si mon zèle m'a fait manquer à l'étiquette.
JESSIE
Vous n'avez manqué que d'à-propos !... Il est
vrai que, depuis tant d'années, vous devez être devenu un peu le confident de votre maître !
EMILE
Monsieur le duc veut bien avoir quelque considération pour moi, voilà tout !... J'ai écrit, sous sa direction, un livre de recettes gastronomiques qui a paru à la maison Hachette et Monsieur le veut bien m'appeler quelquefois, en manière de plaisanterie, « le Sainte-Beuve de la casserole ».
JESSIE, tentant une amabilité.
Je serai très heureuse d'avoir auprès de moi un serviteur aussi distingué... Car nous sommes peut-être destinés à nous revoir ?
EMILE, d'un ton sentencieux et réservé.
Dieu dispose, Mademoiselle... J'entends la sonnette de Monsieur le duc... Sans doute vient-il de rentrer.
Il sort. Jessie attend. Une petite angoisse passe visiblement en elle. Elle se tapote la place du cœur comme pour le calmer. Au bout de quelques instants on frappe à la porte, d'ailleurs restée ouverte.