ACTE PREMIER ai
francs... et avec cette ignorance de tout qui te caractérise.
BIANCA
Au moins, je suis jugée. Tu m'agaces, tiens, laisse-moi tranquille.
JESSIE, riant.
Figurez-vous, Monsieur Joussaud, que l'autre jour elle est revenue de chez vous en me disant que vous lui aviez parlé de la nécessité de faire analyser sa signature.
JOUSSAUD
Hein ?... Quoi ?... Avaliser, sans doute ?
Eh bien ! ça n'avait rien de si absurde ! Ce sont des termes techniques. Je croyais qu'il s'agissait d'une expertise... je ne sais pas, moi !
JESSIE
Quand on a cette candeur-là on ne s'aventure pas à jouer à la Bourse. On prend des livrets de
Caisse d'épargne !
BIANCA
Je voulais augmenter mes rentes et te donner un peu de luxe. Est-ce un crime ?
JESSIE
Allons, ne pleure pas ! Pas de larmes. Ne nous offrons pas, en tout cas, ce luxe inutile. Nous avons pris notre parti, toi et moi. (Tout à coup.) Et si elle mettait cet argent en vi-ager ?
BIANCA
Jamais de la vie ! Tout ce que je possède doit te revenir plus tard...
JOUSSAUD
Et puis votre maman est bien jeune. Elle a heureusement une admirable santé.
aa LA POSSESSION
BIANCA
Je touche du bois.
Ses revenus ne seraient pas sensiblement augmentés.
BIANCA
Allez, je m'arrangerai très bien avec ce qui me reste. Qu'on ne s'inquiète pas de moi. Maintenant que je vais vivre seule dans un petit logement de deux à trois mille, au lieu d'un appartement de dix mille !... Avec la location d'été de la villa, j'aurai toujours une vingtaine de mille francs de rentes. C'est plus qu'il n'en faut pour moi.
JOUSSAUD
Mais Mademoiselle votre fille...
BIANCA
Elle va voyager avec des amis. Nous n'habiLerons plus ensemble désormais.
JESSIE
Je pars même tout à l'heure.
La porte s'ouvre. Gabrielle Bignon, une amie à peu près du même âge que Bianca, mais%d* aspect bien moins élégant, entre, tenant un carnet à la main.