‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 95 sur 236 · SCÈNE VII MAX, JESSIE, seuls · texte numérisé non relu

SCÈNE VII MAX, JESSIE, seuls

Max, menaçant, le cou tendu ; ils sont visage à visage. Elle, pâle, froide, médite sa réponse. On la sent perdue.

MAX

C'est vrai ? C'est vrai ?

Hésitation.

JESSIE

Max, mets ta main sur ta bouche pour t'empêcher de crier... Oui, c'est affreusement vrai...

MAX, levant le poing.

Put...

JESSIE, s'élance vers lui.

Non, non !... pas ça !... Je ne l'ai pas mérité ! Je t'adore !...

MAX, se dégageant.

C'est toi qui lui remettais l'argent ? A qui t'es-tu vendue ?

JESSIE, lui prenant la tête à deux mains.

Regarde-moi jusqu'au fond des yeux... Chéri, ne crie pas !... Regarde jusqu'au fond... tu verras la misère de mon âme... C'était pour te conserver, pour ne pas te quitter, que j'en suis arrivée là! Tu ne te rappelles donc pas que nous n'avions plus

i54 LA POSSESSION

de quoi nous payer à dîner. On n'était plus acculé à la misère, mais à la faim !

MAX

Alors, c'est depuis que nous sommes ici, à Nice ? Dis ?... Jusque-là rien ne s'est passé ?... Rien ?... Je veux le savoir !

JESSIE

Rien, je le jure !... A Paris, tu m'as vue... j'ai subi notre bohème, la galantine et le bistro, la robe raccommodée... sans sourciller... Mais, ici, nous avons voulu sortir de l'horrible ornière... C'est toi-même qui l'as ordonné... Le jeu !... Le luxe !... Le premier mois, la veine nous a souri follement... C'a été notre perte, ce coup de luxe et de bonheur, vois-tu !... Le résultat, c'est qu'on n'a plus eu même de quoi payer l'hôtel. Tu n'avais que ce qu'il fallait pour régler les consommations du dancing... Nous étions perdus... Je voyais venir le moment de te quitter ou de me jeter à l'eau... C'est alors que s'est passé le drame... Car c'a été un drame, entends-tu... un drame affreux 1

MAX

Que s'est-il passé ?

C'est quand tu es allé trois jours à Marseille... J'ai résumé notre vie, notre longue vie d'une année... J'ai compris tout ce qu'elle avait de momentané... que nous n'étions pas destinés à vivre ensemble, et que l'heure de la séparation avait sonné... Mais quoique Ton soit sûr de l'échéance, on proteste, on s'insurge, on veut se venger de la vie, et la vaincre à force d'amour !... Puisque j'avais fait la folie absurde de partir avec Loi, je voulais tout tenter, au moins, pour

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