SCÈNE IV ANDRÉ, VALGY, BOUYOU
ANDRÉ, sans se déranger de son bureau. Je VOUS croyais brouillées toutes les deux, Bouyou el vous?... Vous êtes réconciliées?
VALGY.
Oui, nous sommes Irivs amies maintenant... C'est la vie! Vous excuserez ma visite... mais il faut venir ici pour VOUS voir.
ANDRÉ
J'ai été très pris tous ces temps. Les travaux de la Commission...
VALGY.
Oh! ce n'est pas une scène de jalousie, tu sais! {Un temps.) On peut parler?...
ANDRÉ, <^<' levant.
On peut parler... Attends.
(// prend un gro.t livre sur une table et le porte à Bouyou . )
VALGY.
Que fais- tu ?
ANDRÉ
Bouyou, on va parler d'amour... Voilà des images à regarder, pour les petites filles.
BOUYOU.
J'aime autant ça, vous savez... Je n'ai pas de vice.
ANDRÉ, C installant dans le fond de Vatelier. C'est très joli. C'e.st ma collection d'images, quand ivais des culottes courtes et des bas écossais... / P'a/gr-) A nous deux !
VALGY.
Ne prends pas ce que je viens de te dire pour un re- [troche... au contraire... tu es libre... et moi, je suis inslement venue l'annoncer une nouvelle.
ANDRÉ, ironique.
Tu te maries ?
VALGY.
Enfin... depuis hier... j'ai un nouvel ami...
ANDRÉ
Allons, allons, tant mieux!... Si c'est un garçon bien... lOn, dans mon genre... je suis enchanté pour toi.
VALGY.
Oh ! il ne le vaut pas!
Ta, ta, la !
VALGV.
Knfin, que veux-tu, mon coco, nous avons été très ureux tous les deux, n'est-ce pas?... Nous nous •nmes Mon aimi's. io crois. On peut le dire !
ANDRÉ
i^.a, <: <'.'-i vi;u !
VALGY.
Et nous nous quillons sans colère, en amis... C'est . 'S bien.
ANDRÉ
C'est très bien.
VALGY.
Toi, de ton côté, lu n'auras pas eu à te plaindre, je ois... J'ai été une maîtresse assez chic... D'ailleurs, reconnais que tu peux avoir qui tu veux.
ANDRÉ
Oh ! lu sais, je suis comme les autres « Monsieur ni francs » ou « Monsieur trois actes »...
VALGY.
Pour mon compL*-, je me souviendrai toujours avec attendrissement de loi... de nos baisers... J'ai môme voulu en garder une trace ineffaçable... J'ai voulu en éterniser le souvenir d'une façon qui le touchera beaucoup, je crois, mon chéri...
ANDRÉ, inquiet.
Ah !... en quoi faisant?
VALGY, les yeux perdus au plafond.
Je me suis fait tatouer tes initiales... pour la vie... là, sur ma poitrine...
ANDRÉ, bondissant.
Hein?... quoi? Qu'est-ce que tu dis/... C est une farce ?
VALGY, doucement entêtée.
Non. mon chéri, c'est vrai... Tu peux voir.
.VNDRÉ.
Mais c'est idiot!... Je ne veux pas! Je ne veux pas de ça ! Bouyou, vous auriez dû empêcher votre amie...
BOUYOU.
Je n'étais pas là!
ANDRÉ
En voilà une histoire !
BOUYOU.
Oh ! c'est assez bas pour qu'elle puisse encore se décolleter !
VALGY.
Je croyais que ça te ferait plus déplaisir!... Tiens, regarde.
{Elle dégrafe son corsage et lui montre au-dessus du sein la marque bleue.)
ANDRÉ
Mais c'est que c'est vrai î
VALGY.
Eh bien, tu en fais une tête!
ANDRÉ
C'est que c'est vrai !
[Elles éclatent toutes deux.)
VALGY.
Kêta ! . . . Le bêta ! . . . [Elle va à un va.<te de fleurs^ y trempe mouchoir et se frotte la peau à l'emlroit de la marque.) \- a coupé !... Il y a coupé î
{Elle lui montre son mouchoir devenu tout bleu. Elles se courbent de rire.)
ANDRÉ
Vh! c'est d'un goût!... d'un esprit !... Mes félicita- ^ lions !... Tout à fait spirituel!
VALGY, ne cessant pas de pouffer.
Que veux-tu, on fait ce qu'on peut! On n'est pas des princes !