‹ Théâtre complet (volume 5)Chapitre 3 sur 126 · DES ACTEURS · texte numérisé non relu

DES ACTEURS

Prends garde, Bouyou!

( L'actrice interpellée se gare. ) EMMA.

Et n'écrasez pas les gâteaux!... Sauvez les gâteaux!,.. (Le.y acteurs se grt)u/>ent sur le devant du théâtre, près de la rami>e e'teintc, autour d'une petite table qu ils ont avancé c.\

LE DIRECTEUR, aux machinistes.

C'est ça... appuyez un peu à gauche... encore... là... Ça va!... Dites donc, Sicault, une minute...

(// disparai't dans les portants avec le régisseur Sicault.) EMMA DANNET, à une petite fille de cinq ans, i/ui a la bouche pleine d'un gros gâteau. Viens ici mon loulou... tu vas te faire écraser...

PAULETTE

Il n'y a jamais que le pianiste d'exact ! Ce n'est pas des répétitions ça!...

VOIRON

Comme tu manges salement, Bouyou!... Quel petit cochon !

PAULETTE

Pas notre décor, je suppose, qu'on plante là ?

{Elle quitte la table pour regarder le décor.) GILLET, haussant les épaules.

Qu'est-ce que ça peut bien te faire?

PAULETTE

Oh ! sur que pour une pièce pareille !... Ah ! ils peuvent être certains de leur affaire! La tape ! Si j'étais le directeur, je m'arrangerais pour me faire payer le dédit.

GILLET

Oui, il paraît qu'il y a dix mille francs de dédit. Bon à prendre ! Tandis que ça ne fera pas un sou ! Trente représenlations assurées. Ça en aurait fait quarante si ce.n'avait pas été joué par Valgy...

PAULETTE

Faut-il qu'il soit gâteux pour monter une pièce pareille!...

VOIRON, se rapprochant.

Je ne suis pas tout à fait de votre avis, ma chère amie... Il y a des choses intéressantes... mais c'est un peu subtil, je l'avoue, c'est un peu subtil.

[Mouvement général. Cris de : Ah ! le voilà ! le voilà!... L'auteur, André Demieulle, entre. Chapeau haut de forme. Gros foulard.)

SCÈxNE II Les Mêmes, ANDRÉ DEMIEL'LLE.

EMMA

Eh bien... qu'est-ce qui vous est arrivé, Demieulle?...

PAULETTE

C'est du joli!... L'auleur à la fin de la répétition maintenant... C'était à midi pour le quart et il est trois heures et demie.

EMMA

Nous avons répété le deux sans vous et sans le gui-

:.cnol.

ANDRÉ, enlevant son pardessus.

Tiens! parbleu... [Apercevant les gâteaux sur la table et dans les bouches.) ]e vois que VOUS ne vous embêtez pas!

PAULETTE

Vous savez que la grande actrice n'est pas là ?

ANDRÉ

Ah :

PALLETTE.

C'est de l'aplomb !... Elle nous fait poser.

BOLYOU, très haut.

Quelle dinde!...

GILLET, bas a Bouyou.

Chut !... voyons... Tu fais la gaffe !

BOUYOU.

La gaffe ?

GILLET

Voyons... Demieulle et Valgy...

BOUYOU.

Eh bien, quoi?... Après tout, on nesl pas ibrcé de savoir...

ANDRÉ, se rapprochant de la table en enlevant ses gants. Ço a l'air bon ce que vous mangez là.

Mi LE MASQUE.

EMMA

Il reste un éclair et un baba pour vous.

ANDRÉ

Je prends réclair avec vos doigts, Dannel... merci.

LE DIRECTEUR, reparaissant dans le fond. Dites donc... Demieulle... deux mots...

VOIRON

Le patron vous appelle.

[André remonte vers le directeur.^

LE DIRECTEUR

J'ai fait poser pour vous le fond du décor du trois. Je mettrai là un pavillon. Ça vous plairait-il en principe ?

ANDRÉ

Vous m'aviez promis un décor neuf...

LE DIRECTEUR

Bien sûr... bien sûr... je ne parle que de la plantation... On repeindra tout ça... J'ai des embêtements avec mes actionnaires, en ce moment. Vous comprenez?

EMMA, aux autres.

Regardez le manger son éclair en causant... Oh ! mais ça a l'air sérieux!... Bouyou, sans rien dire, va lui offrir une croquette de chocolat.

[Bouyou prend la croquette. — On entend André et le directeur.)

ANDRÉ, s' animant.

Permettez, permettez... (Bou/ou lui offre la croquette. Machinalement il la prend et dit :) Merci.

(// continue la conversation, l'éclair d'une main et la croquette de Vautre.)

PAULETTE

C'est qu'il la mange I... Il a une bonne tête!... [A Sicault ) Alors que répète-t-on, Sicault !

SICAULT.

Le trois...

ANDRÉ, redescendant après avoir quitté le directeur^ qui disparaît. En passant près du pianiste .^ à mi-voix. La brute!

LE PIANISTE, se retournant.

Hein?

ANDRÉ

Ah ! c'est vous... je ne vous avais pas vu... Bonjour, monsieur... monsieur du piano... comment vous portezvous?

LE PIANISTE, rectifiant.

Damianos.

ANDRÉ

C'est ça, c'est ça... Damianos {Il passe.) A qui est •Ite enfant? A vous, Dannet?

GILLET

Tu ne vas pas nous l'amener tous les jours, ton gosse?

EMMA

Il te gêne?

ANDRÉ

C'est vrai que vous êtes une des rares actrices rangées et mariées. C'est bien ça... Il ressemble à son père, d'ailleurs.

EMMA

Il n'est pas de mon mari... Ah ! non, par exemple !... Avoir un enfant de mon mari, quelle horreur! Dire qu'il y a des femmes qui supportent celte idée...

ANDRÉ

Alors, il est d'avant?

EMMA

Non ; d'après.

ANDRÉ

Ah ! parfait !

EMMA, sentencieusement.

La première chose, mon petit, quand on se marie, c'est de se faire une vie bien ù soi. Tout de suite que je me suis mariée, j'ai commandé mon ménage à dilTéiculs fournisseurs. {A l'enfant.) Et maintenant, oust! va jouer chez le petit concierge...

50 LE MASgUE.

VOIRON

Passe-moi le sac aux gûleaiix.

GILI.ET, à André.

Celle Dannel !... elle a vécu huit ans avec le dernier vaudevillisle el elle se croil obligée de nous servir des mois d'auteur gai... C'est effroyable.

ANDRÉ

Oui, mais je l'aime bien, parce qu'elle a en tout une belle âme républicaine...

EMMA, à Voiron qui fait claquer le sac de papier aux oreilles de V enfant .

Sale type, va!... lu vas la faire pleurer!... Gillel, veux-lu être assez gentil pour conduire ma fille chez le concierge ?

GILLET

Comment donc.

EM.MA

Va, avec le monsieur.

GILLET, entraînant l'enfant par la main et d'une i'orx mielleuse.

Viens, mon coco. Tu entends ce que dit la grue de mère ?... Ah ! tu peux te flatter d'appartenir à une jolie famille... Viens chez le concierge, el si tu raf)pliques demain, lu peux être sûr que je le mettrai mon pelit pied dans le derrière, s'pas, mon coco ? l'enfant.

Oui, monsieur.

EiM.MA, de loin.

Qu'esl-ce que tu racontes là-bas?

GILLET

C'est ta fille qui rv" 'lii '^'^s inconvenances.

{Ils sortent par le fond. )

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