‹ Théâtre complet (volume 5)Chapitre 33 sur 126 · SCÈNE XIV Les Mêmes, NETCHE · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV Les Mêmes, NETCHE

NETCHE, entrant brusquement, sans frapper. Qu'est-ce qu'on me dit, mon cher?... Vous permettez, mademoiselle, une seconde?... On lève ses paquets? ANDRÉ, glacial.

Mais ce n'est pas à moi à vous renseigner, ma chère amie.

.NETCHE.

Moi qui m'apprêtais à boucler mon baluchon pour retounierà Londres!... J'y suis attendue à dîner samedi par la princesse Stirberg. Ah ! que vous êtes donc inconfortables, mon dieu î Quelle horrible chose que les nages d'artistes!... Je viens vous prendre mes cigales, alors... Vous ne pensez pas, mon gros, que je is vous faire cadeau de mes bouts dorés... Je n'ai pas les moyens de vous laisser des cigarettes à deux sous pièce... Vous seriez bien aimable d'ouvrir votre tiroir.

ANDRÉ

Voici.

NETCHE.

J'oublierai certainement quelque chose dans cette précipitation, mais je compte sur votre probité pour le renvoyer... Au fait, j'y pense, vous ne nous avez - présenté mademoiselle.

ANDRÉ, du bout des dents.

Mademoiselle Gysèle Dartier. Miss Netche Ems.

NETCHE, mettant son monocle et la regardant avec insolence.

Mademoiselle... Mademoiselle est aclrice?

GYSÈLE, aimable.

Pas encore.

NETCHE.

Vous êtes en train de lui faire un rôle, probablement c'est cela... Je vous le souhaite sincèrement très joli mademoiselle, et digne de vous... Mon cher ami De raieuUe est loin d'être un imbécile... mais je n'aime pa beaucoup ce qu'il fait. Ses pièces manquent, vous savez de ce que nous appelons d'un mot spécial, le... [Elle ch le mot en anglais.) VOUS n'avez qu'un seul mot en fran çais un peu trop général, pour rendre ça : le cœirr N'est-ce pas ainsi qu'on dit?

ANDRÉ, agacé, mettant la main sur le bouton de la porte.

Je suis bien fâché, croyez-moi, de ne pas avoir votn approbation.

NETCHE, avec hauteur.

Je n'aurai pas le plaisir de vous voir dans ce rôle mademoiselle, mais, je vous le dis, je souhaite absolu ment que la pièce soit belle... n'est-ce pas, André?., qu'elle soit gaie, et que la femme ne soufl're pas trop î ia fin.

ANDRÉ, tout à fait impatienté.

Ma chère Netche, vous m'excuserez, mais je suis ui peu pressé aujourd'hui... Mademoiselle en sera quitt< pour ne pas connaître vos idées littéraires. Elles on leur intérêt d'ailleurs. {A Gysèle, en ricanant.) Vous h voyez, miss Netche a été élevée à l'école du cœur su: la main.

[Netche, qui allait sortir, se retourne., sa grosse fac< empourprée. )

NETCHE.

Mon cher, mon père était un gros Irlandais au5 mains rouges; il m'a élevée en efîel solidement, à un( époque où les hommes étaient d'une trempe virile, et or

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lui eût coupé les bras plutôt que de lui faire faire une action qu'il n'eût pas jugée bonne... Il fessait la fille, mais il n'a jamais fait pleurer la mère... Et je me souviendrai toujours de la poignée de main qu'il me donna quand je quittai le pays pour gagner ma vie, une poignée de main où il y avait pour cinquante ans de courage et de belle honnêteté... je ne sais pas si la fille saura y mettre l'énergie qu'y mit le père, mais c'était à peu près comme ceci, je me souviens... Good bye. [Elle lui donne un shahe-hand formidable. S inclinant sèchement.) Mademoiselle.

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