SCENE PREMIERE
GENEVIÈVE, NETGHE, Le Prince et la Princesse PALINKOFF.
GENEVIÈVE
On abuse un peu de la musique à Monte-Carlo.
NETCHE.
Mais ici cela l'ail un son assez joli. Et c'est encore bien mieux de ce tea room — comme ils disent emphatiquement — lorsqu'on en laisse la porte ouverte...
LE RUSSE
Du reste, ce petit salon est intime. C'est la seule pièce où se tenir.
NETCHE.
Cest pour cela sans doute que personne ne s'y lionl.
LE MASQUE. 13à
LE RUSSE
Oh! tout le monde, le soir, va à l'usine, comme vous dites ici.
LA RUSSE
Vous ne jouez pas, madame?
GENEVIÈVE
Nous sommes de passage seulement. Nous arrivons, mon amie et moi, de Naples, où nous venons de séjourner deux mois. Avant de réintégrer Paris, nous nous arrêtons un peu à la Riviera. Nous partirons demain probablement.
LA RUSSE
Ah î si tôt!... Nous, nous arrivons directement de Pétersbourg. C'est un si beau pays... Nous aimons tant Monte-Carlo, en Russie... Mais il n'y a pas un chat cette année. La saison est très mauvaise. Le Caire leur fait concurrence...
GENEVIÈVE
C'est encore do si bonne heure!
LE RUSSE
Nous devions venir avec de nos amis, le prince et la princesse Stahovitch... mais, au dernier moment, ils sont demeurés pour les fêtes de la Cour.
GENEVIÈVE
Vous connaissez les Stahovitch? Lesquels? CAui qui a épousé une Française... l'aide de camp?
LA RUSSE
Nous le connaissons beaucoup.
GENEVIÈVE
Que c'est drôle !... Il a épousé une de mes amies de pension, Louise Vandal, la fille d'un marchand de soieries de Besançon... Comme le monde est petit! Elle a. failli venir?
LA RUSSE
Oui. Elle est très musicienne, vous savez, elle adore Monte-Carlo à cause de la saison d'opéra... Mais elle
I3r, LE MASQUE.
aura encore le temps de se décider à venir, carie théâtre n'a commencé que ce soir, n'est-ce pas?
LE BUSSE
On joue une pièce de qui donc, déjà?... deDeraieulle.
GENEVIÈVE
Oui, j'ai aperçu l'affiche en arrivant.
LE RUSSE
Je ne connais que de nom... C'est bien? On dit que c'est un auteur gai.
GENEVIÈVE
Très gai, n'est-ce pas, Netche? Nous le connaissons un peu.
LE RUSSE
Oh î vraiment. Vos auteurs français sont si charmants... {On apporte des lettres.) Vous permettez ?
GENEVIÈVE
Faites donc.
[Ils décachètent leur courrier et se parlent en russe à voix basse.)
NETCHE.
Dire qu'il y a des gens qui arrivent de Pétersbourg pour la joie d'entendre une pièce d'And ré ! Eh bien, vrai !
GENEVIÈVE
C'est tout de même ce qu'on peut appeler une fichue idée que de s'arrêter à Monte-Carlo, et de descendre juste à cet hôtel.
NETCHE.
Maintenant que c'est fait !
GENEVIÈVE
Le plus simple sera de partir demain matin de très bonne heure pour Beaulieu ou Bordighera... Beaulieu plutôt. C'est plus près de Londres... Ça vous fera plaisir.
NETCHE.
Nous n'aurions pas voulu descendre à Monte-Carlo que nous y étions bien forcées, ma chérie. Nous ne pouvions plus envoyer de dépêche à Félix. Il est parti
LE MASQUE. i37
ce matin à huit heures cinquante de Paris. II n'aurait
pas pu recevoir la dépêche.
Uh : puis, mon Dieu!... II n'y a qu'à faire tout ce que nous pourrons pour éviter une rencontre... D'ailleurs, André est à son théâtre... Nous ne le verrons pas... et ils iront souper avec les acteurs au Café de Paris ou chez Giros... Je connais ses habitudes... Jambon et porto blanc. Je suis venue déjà avec lui à Monte-Carlo pour la représentation de son Èlau.
NETCHE.
Avouez que ça ne vous a pas été autrement désagréable de l'apercevoir sur le Grand Rond ce matin. Croyez-vous vraiment qu'il ne nous ait pas vues ?
GENEVIÈVE
Non... Il était là avec toute sa troupe... Je ne sais si est parce que j'en ai perdu l'habitude, mais j'ai trouvé ela d'un lugubre!... Il avait l'air de faire partie d'une tournée de province... Il portait un chapeau mou marron désastreux...
NETCHE.
Ça vous a impressionnée tout de môme, dites, de revoir son joli petit museau en sucre rose.
GENEVIÈVE -
Pas le moins du monde!... Tenez...
(.'/ ce moment, entrent, venant du couloir du fond, Gysèle Dartier et Bouyou chapeautées, accompagnées de l'acteur Foiron. On voit qu'ils passent intentionnellement par là pour Geneviève. Ils se dirigent vers la table aux journaux, de l'air de chercher un journal. Avant de sortir, les femmes, en même temps, jettent un coup d'oeil sur Geneviève : Bouyou, avec un peu (^insolence, affecte de siffler un air favori; Gysèle, très simple, un peu timide. Ils restent debout, comme des gens qui ne font que traverser.^'