GEORGES, ISABELLE, MADAME HEIMAN, JEANNINE
GEORGES
Quatre heures, déjà ! Comme nous avons déjeuné laixl.
ISABELLE
El vous n'avez pas encore travaillé aujourd'hui ?
GEORGES
Chiche! J'y vais.
ISABELLE, à Madame Heiman.
De la glace ?
MADAME UEIMAN.
Merci. Maintenant on n'en a guère plus besoin... Comme c'est joli toute cette descente vers l'Oise, d'ici !
GEORGES
C'est une merveille, par les premiers jours de froid... vec le petit vent du nord qui rebrousse les feuilles, est tout d'argent. Si vous voyiez ça à cinq heures du matin !... Seulement, voilà il faut être levé.
MADAME HEIMAN.
Vous vous levez donc à cinq heures du matin ?
GEORGES
A la bougie quelquefois.
'\ ous chassez en ce moment ? C'est donc vous qui faites tout ce bruit de fusillade au bout de mon parc. I On ne peut plus dormir.
GEORGES
Peuh ! je vais plus loin que ça... J'ai été jusqu'à Laurac, hier.
MADAME HEIMAN.
Matin 1
ISABELLE
Vous ne voulez pas nous aider à arranger ces iirysanlhèmes?
MADAME HEIMAN.
Nous manquons de chic.
GEORGES
C'est très bien au contraire. N'y touchez plus... Mon Icmonscoach est sucré 1
ISABELLE
Non, j'ai oublié.
GEORGES
Où est le sucre pilé ?
JEANNINE, se levant subitement de son pouf, comme réveillée d'un rcve, et se précipitant. Voilà !
[Elle empoigne le sucre pilé et le porte ci Georges.) GEORGES.
A!i ! merci, merci.
{Jeanninv se rassied.)
230 i/KNCHANTEMENT.
MADAME IIEIMAN.
Vous voudrez bien faire un petit tour de voilure avec moi, avant d'aller t\ la gare?
ISABELLE
Pourquoi à la gare ?
MAliAME HELMAN, embarrassée.
Je ne vous ai pas dit?... Monsieur de Chelles arrive nu train de six heures.
Victor? Tant mieux !
MADAME HEIMAN.
Il passait dans le département, alors...
GEORGES
Oui, oui... S'en donne-t-elle du mal!
LSABELLE.
Eli bien, à cinq heures, si vous voulez ; je vous accompagnerai peul-êlre jusqu'à la gare.
MADAME IIEIMAN.
Jeannine voudra bien se joindre à nous?
ISABELLE
Je ne sais si cela lui convient... Veux-tu venir en voiture, à cinq heures, avec nous. {EUe se retourne en /adressant à Jeannine qui est, depuis le commencement de la scène, perdue dans la contemplation be'ate de Georges; elle ne le quitte pas des yeux. En ce moment elle a la bouche grande ouverte et rientend absolument rien. — Reprenant a voix basse :) Jeannine?
.MADAME HEIMAN, comblant habilement le silence.
Ah! l'eau déborde!... prenez garde!
ISABELLE
Mais non, elle ne déborde pas.
MADAME IIEIMAN.
Ah ! je croyais. Connaissez-vous le petit bois des Cheminiéres, à trois kilomètres d'ici ? Comment, vous ne l'avez jamais visité ? C'est exquis, ma chère... il faul absolument que vous voyiez ça... Pour une fois que je
vous liens, je ne vous lâche pas. Nous irons tout à l'heure.
IS.\BELLE
Quoi? Si .vous voulez... ça m'est égal. MADAME HEIM.VN, à Georges.
Que iaites-vous là-bas?
GEORGES
J'arrange le collier de Neyt qui est détraqué... Elle perd tout le temps son collier, cette bêle!... Allons, bon !... Où ai-je mis le tournevis, maintenant ! JEANNINE, se précipitant de son pouf.
Le voilà î
[Elle a tout de suite trouvé le tournevis et le porte à Georges.)
GEORGES
Ah ! merci, merci. (// dépose son cigare et siffle.) Neyt! Neyt !
Elle n'est pas là ; elle doit être dehors.
GEORGES, appelant plus fort.
Neyt! Neyt!
JEANNINE va vite à la porte du perron, siffle et fait des gestes.
Allons, arrivez ici, tout de suite!
{Elle prend le petit chien dans ses bras et le dépose sur les genoux de Georges.)
GEORGES
Ahî... on va vous mettre votre beau collier... sale bête... sale chien... Et ne m'embrassez pas surtout! Allons, debout... sur votre derrière !... Eh bien, eh bien... ce n'est pas la peine de me mettre en quatre pour vous... Voulez-vous bien !...
JC.VNNINE, riant.
Vous lui dites toujours des méchancetés, ce n'est pas étonnant si elle vous désobéit... Je vais lui tenir le cou.
GEORGES
C'est ça, allons... [Jcannine rit en essayant de retenir Ncyl ^ur les genoux de Georges.) Je VOUS ai pincée! JEANNIN'E.
Non, ce n'est rien !
GEORGES
Si, je vous ai pincée !
ISABELLE, qui les regarde., interrompant tout à coup.
Voyons, Jeannine ! laisse donc ce chien une minute... il est insupportable, on le trouve partout... Il n'y a que lui dans la maison.
Mais on arrange son collier.
ISABELLE
Il a les pattes dégoûtantes. Il vous salit, il ennuie lout le monde.
JEANNINE
Mais puisque...
ISABELLE
Allons, laisse-le, je te dis... envoie-le coucher.
JEANNINE prend vivement le chien sous son bras. Bien!
ISABELLE
Ce n'est pas une raison pour t'en aller!
JEANNINE, blèmc.
Viens, Neyt!
[Elle sort en claquant la porte.)
ISABELLE, bas à Madame Heiman.
Allons, voilà encore qu'elle va bouder!... Rendez-moi un service.
MADAME HEIMAN.
Volontiers!
ISABELLE
Sans avoir l'air de rien, voulez-vous regarder où elle s'en va? Je ne veux pas trop paraître la surveiller, vous comprenez?... mais je n'aime pas quand elle boude.
MADAME HEIMAN.
Comment donc !
GEORGES
Vous dites, chère amie?
(// appuie sur « chère amie ».)
ISABELLE
Rien, ne vous occupez pas... cher ami.
[Madame Ueiman est sortie.)