ACTE PREMIER
LOUIS
Est-ce la peine de déranger deux messieurs pour rapporter des choses aussi plates
RICHARD
Ahl non, tu sais... je ne plaisante pas sur ce ehapitre-là... Le respect du nom avant tout. Il y a une chose sur laquelle je n'admets pas qu'on transige : l'honneur de la famille.
LOUIS
Ce n'est pas moi qui te contredirai... avec quinz*' ans de salle d'armes que tu as dans les jambes. Mais tu t'emballes pour un rienl Nini le disait l'autre jour à la gosse : « Il s'emballe 1 II s'emballe I »
RICHARD
Pas le moins du monde... seulement j'ai un autre principe, très net...
LOUIS
Prends garde. Quand on a trop de principes, c'est comme si on n'en avait pas du tout.
RICHARD
Celui-ci : que l'humanité ne vaut pas la corde pour la pendre... et qu'il fait traiter les gens à coups de pied dans le derrière. Une bonne gifle dans la vie est une réponse à tout.
LOUIS
Pan, pan!... Il fait bon se sentir de vos amis. Justement, sais-tu où est mon père, pendant que nous causons ?
RICHARD
Au salon.
LOUIS
Du tout, là-haut, avec ton père à toi, en train de lui proposer une affaire... la commandite du Grand Radical... qui soutiendrait vos intérêts.
RICHARD
Comment? Quoi?... Votre sale canard?
LOUIS
Il tire à 30.000, notre sale canard I
RICHARD
D'abord, nous ne nageons pas dans ses eaux... Nous sommes orléanistes et je croyais que ton père avait des idées pas trop éloignées de celles qu'il défend, tous les jours, dans son journal.
LOUIS
Oh! papa, papa!... Quand il est à jeun, il est républicain; quand il est pompette, il devient royaliste, et quand il est saoul, il est anarchiste.
(La porte du salon s'ouvre et Irène de Rysbergue entre avec vivacité^ en refermant la porte.)