ACTE DEUXIEME
RICHARD
Pour ma part, je suis fatigué.
IRÈNE, sans hésiter.
Bon. Georget m'accompagnera... {Elle le regarde dans les yeux.) si ça ne l'ennuie pas trop, tout de même, ce jeune homme!
GEORGET, minaudant.
Chère madame...
IRÈNE, jette une fleur de son corsage en Vair^ au plafondj comme ça, sans raison; puis elle pirouette sur ses talons et se dirige vers la porte.
Je vais mettre mon chapeau... Allons, bien !..
GEORGE
Quoi?
IRÈNE, sur le pas de la porte^ la main tendue. La pluie.
GEORGET
Un nuage qui passe. Voyez, il y en a pour cinq minutes!...
IRÈNE
Cinq minutes, cinq minutes!... Oh 1 que c'est rageant !... J'avais une envie folle de sortir, de courir. Mes jambes se sont engourdies à travailler.
GEORGET
Ça va passer... Attendons.
IRÈNE, le regardant.
Je ne peux pas supporter les déceptions.
GEORGET, riant.
Eh bien, jouons à quelque chose... Un petit jeu innocent...
IRÈNE
Vous faites bien d'enlever vos gants! Dieu qu'ils sont laids!... Donnez-moi ça; vous ne les remettrez plus... je vais les jeter dans le puits.
GEORGET
Hé! hé là! pas de blague... rendez-les moi...
IRÈNE
Jamais de la vie! Ils ont besoin d'être salis un petit peu. La pluie leur fera du bien.
Voulez-vous!... J'en ai besoin pour ce soir!...
IRÈNE
Venez les prendre... Je vous défie de les attraper... morveux!...
GEORGET
Ah! si vous êtes polie, alors... [Comme une enfant en récréation^ elle le défie du geste et de la voit. Leurs yeux amoureux brûlent à se fixer.) Je ne leS attraperai pas? Je ne les attraperai pas?
[Avec de petits cris de joie, des rires, elle court et ils se cherchent de meuble en meuble sans voir les deux enfants, graves et accotés, qui les fixent sans
bouger. Un moment Iiène et Georget sortent en courant, par la porte du jardin.)