LA GARDE-BARRIÈRE
La fille du diacre?
LA BEAUTÉ
Ah! oui... C'est la fille d'un diacre, qui a noyé son enfant... il n'y a pas moyen de la faire changer. Elle va comme ça, d'un mur à l'autre, ne parlant à personne, jamais... A chaque fois qu'elle arrive au mur, elle grogne et puis se retourne... Hé, l'ours ! va-t'en un peu du côté du dortoir, faire ta promenade.
(La femme interpellée s'arrête, regarde, pousse un grognement et s'en ça.)
U^E FEMME, à la Masloiva.
Dire qu'ils tont condamnée! Moi qui croyais qu'on allait t'acquitter.
LA GARDB-BARRIÈRE
Jamais je n'aurais cru cola... Nous croyions qu'on allait te mettre en liberté tout de suite... Ça arrive, à ce qu'il paraît... On vous donne même de l'argent, des fois...
LA BEAUTÉ
Je te l'avais toujours dit : choisis un avocat habile. '
UNE FEMAfB
Et alors, quoi? La Sibérie? Et pour combien de temps...
UNE AUTRE FEMME
Vingt ans.
(Elles se sont toutes rapprochées.) LA BOSSUE
Mon Dieu ! mon Dieu I
L'ENFANT, s' approchant de ta Maslouta»
T'as du pain, la dame, t'as du pain?
LA BOSSUE
Mon Dieu, mon Dieu, tout de même !
(La Masloiva éclate en sanglots,) LA VIEILLE
Allons, allons, la petite, ne te fais pas de bile, va I Quoi ? on n'en meurt pas...
LA MASLOWA, murmurant comme une enfant.
Les travaux forcés!...