‹ Théâtre completChapitre 57 sur 225 · LA FEMME · texte numérisé non relu

LA FEMME

Ce qu'il y en a de linge à laver cette semaine !

UNE AUTRE FEMME

Toi, sale moutard, îi tu continues, je vais te flanquer dans le cuveau.

( Fédosia et la Maslowa restent seules près du poêle.)

UNE FEMME, à Venjant.

Viens, viens, mon chéri !

FÉDOSIA, doucement.

Et maintenant qu'elles sont parties, tu veux bien prendre ton thé?... Tu vois, j'avais roulé autour une paire de bas pour qu'il ne se refroidisse pas. Mais maintemant il a pris un peu le goût du for-blanc.

LA MASLOWA

Donne tout de même, je vais y tremper mon pain... Mais tu es beaucoup trop bonne pour moi, Fédosia.

FÉDOSIV

Oh! tout de suite je t'ai beaucoup aimée. Tu n'es pas comme les autres, tu es si jolie, si gentille 1

LA MASLOWA

Moi aussi! Il n'y a que toi avec qui je puisse causer. Mais comment se f fit-il que toi qui es si jeune, si douce, comme un petit enfant et qui ris tout le temps, Fetitchka, tu sois ici? Tu ne m'as jamais dit pourquoi tu es ici.

FÉDOSIA

Oh! va... j'ai eu bien du malheur! Le soir de mes noces, j'avais quinze ans, j'ai essayé dVmpoisonner mon mari.

LA MASLOWA

Toi, tu as fait ça, si petite? Tu ne l'aimais donc pas?

FÉDOSIA

Non; on m'avait forcé) à l'épouser. Je pleurais, je me suis imaginée que jamais, jamais je ne pourrais vivre avec lui. ïl s'appelait Tarass .. un cocher. Je ne sais pas ce qui s'est passé en moi... c'est le démon qui m'a tentée, bien sûr! J'ai fait ça tranquillement : j'ai versé, on m'a surprise... Mais regarde comme c'est curieux... Les huit mois qu'il y a eu avant ma condamnation, non seulement je

ACTK TROISIÈME 109

me suis réconciliée avec mon -mari, mais je suis devenue tellement amoureuse de mon Tarass que je me crois atteinte d'une autre folie!... Il est si bon. si gentil et si beau, si tu savais! Et lui aussi, il m'aime bien, maintenant... Ah! bien oui, on m'a condamnée tout de même, malgré lui qui pleurait, et ses parents... Et maintenant, comment allonsnous faire pour vivre cinq ans séparés l'un de l'autre? J'en mourrai, bien sûr ! Mon pauvre Tarass!... Ne bois pas comme ça, Maslowa, tu vas te faire du mal... Et toi, tu n'as pas aimé quelqu'un, jamais?

LA MASLOWA, lentement, Vœil au loin^ cherchant dans sa mémoire.

Non... Il y a bien un garde forestier qui était gentil pour moi, du temps que j'étais servante... un commis de boutique aussi... un petit brun qui habitait la même cour que moi...

FÉDOSIA

Alors, jamais, jamais?... Je croyais que tu m'avais dit qu'autrefois, quand tu étais petite...

LA MASLOWA, avec une voix rauque, subitement.

Ne parle pas de ça. Ne parle jamais de ça, tu entends? Il ne faut pas, il ne faut pas... ou bien je me fâcherai avec toi. Je ne sais pas de quoi tu veux parler, d'ailleurs! Il n'y a jamais rien eu... je n'ai jamais été petite... ce qui est mort est mort. {Un temps.) Oui, il y a bien eu autrefois un type qui m'aimait... mais il ne faut pas penser à ça!... ça ferait trop de mal. Je n'y pense jamais, jamais...

no RÉSURRECTION

c'est là-bas, quelque part... dans la terre... Donne

le gobelet, hop!

(Elle boit avidement.)

FÉDOSIA, peureusement.

Je te demande pardon... c'est bien, Maslowa, c'est bien, mais tu t'animes, tu l'animes!... Il ne faut pas boire ainsi de l'eau-de-vie.tout le temps.

LA MASLOWA, se frappant la poitrine^ les yeux étroJiges.

Une cigarette et un bon verre, lu sais, il n'y a que ça de vrai, ma petite!... On m'a dit que j'irais dans l'île de Sakaline, c'est vrai?

{Elle a les pupilles dilatées^ la voix sifflante.) FÉDOSIA

Je ne sais pa«.

LA MASLOWA

C'est la grande Rousse qui m'a dit ça... J'essaierai de me marier avec un inspecteur ou im grelTier... même avec un gardien... Tu sais, tous ces gens-là sont faciles à séduire. Pourvu seulement que je ne maigrisse pas trop... car alors je serais perdue.

LA KORABLEWA, revenant et désignant la bouteille.

Je puis en reprendre encore un peu? Tu es gentille... Je t'indiquerai un moyen qui te sauvera. Ton avocat ne t'a pas encore fait sipirr ton pourvoi?

LA GRANDE ROUSSE, se rapprochant et désignant la bouteille.

Je vais te dire ce qu'il faut faire, moi, Catherine.

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