ACTE TRUISIÈME
s'installe près (Telle et se met à tricoter.) Et tu ne l'avais revu depuis, Catherine?...
LA MASLOWA, les yeux fixes, au loin, comme hagarde.
Non... si... une fois... si... je me rappelle... Je vois ça là-bas... oui... il pleut... c'est la nuit... un train passe... J'ai couru à travers les champs pour voir... Le train est arrêté, là, dans la gare... Il y a une portière ouverte... Il est là, éclairé... sur la banquette, dans un coin... Il lit un journal... Je veux monter, crier... le train part... je cours, je cours, il s'en va, il s'en va... la lanterne, là-bas... la fumée... la pluie... le vent... voilà, c'est tout.
(Comme épuisée ou effrayée de cet effort de pensée, elle laisse retomber sa tête lourde sur V épaule de Fédosia.)
FÉDOSIA
Pauvre petite ! Tu vois bien que tu te rappelles!... Tu n'as pas trop froid?... Mets-toi là, contre moi... Tu permets, je vais continuer à tricoter mon bas pendant que tu te reposeras un peu sous mon chàle, comme une petite enfant... là... tu es bien ?
LA MASLOWA, roulant sa tête sur le châle de Fédosia.
Oui, très bien... Il fait bon, là...
(Elles sont assises toutes les deux, sous la lampe. Maslowa, comme une enfant, se laisse faire.)
TÉDOSIA
Regarde ton image... Regarde comme tu étais jolie, Catherine.
(Elle lui remet la photographie, droite, dans la main.)
LA MASLOWA, répétant comme une enfant.
Oui, j'étais jolie...
FÉDOSIA
Tout le monde dort, ma parole.
(La nuit est faite. Silence. Tout d'un coup on entend un bruit singulier dans le fond du dortoir.}
LA MASLOWA, 8e redressant.
Écoute !
FÉDOSIA
Quoi?...
LA MASLOWA
Ce bruit.
(On dirait que quelqu'un sanglote dans le d>rtoir.)
FÉDOSIA
Ah ! c'est encore cette ordure de grande rousse!..
LA MASLOWA, un doigt sur la bouche, mystérieuse.
Chut! il ne faut pas dire ça... Elle aussi... elle aussi...
FÉDOSIA, ne comprenant pas ce qu'elle veut dire. Quoi, elle aussi?...