ACTE PREMIER - SCENE V i See ag
les cartes : « Si Lanoix de Vaux se-marie... il sera malheureux ; s’il reste avec sa Camélia, i] sera toujours heureux! » Et ca m’a coité 20 francs pour la bonne! Vous comprenez que je ne veux pas aller contre les destins !..
IL s’assied a voi sur le tabouret du piano.
JULIE, entrant de gauche. — Papa m’a dit : va retrouver ton fiancé... Il m’ennuie mon fiancé... il bégaie... et, a ajouté papa... observe-toi, tiens-toi droite, et compte deux fois jusqu’a quatre entre toutes tes paroles.
LANOIX, se levant. -- La petite Pacarel!... Tournons sept fois la langue!... (Il salue, tourne sept fois.sa langue et parle.) Bonjour mademoiselle, comment allez- vous?
JULIE. — Une, deux, trois, quatre... une, deux, trois, quatre. Trés bien, je vous remercie, et vous?
LANOIx, — Ah! ca! qu’est-ce qu’elle a? (Tournant sept fois sa langue.) Je vous avais apporté un bouquet (Méme jeu), seulement je me suis aper¢u qu’il était fané.. - (Méme jeu.) Alors, je l’ai jeté!..
JULIE, @ part. — Dieu! qu'il est agacgant avec son tic! (7 aut.) Une, deux, trois, quatre... une, deux, trois, quatre... Trop aimable!
LANOIX. — Ce que c’est tout de méme d’étre musicienne, elle bat la mesure tout le temps...
JULIE. — Une, deux, trois, quatre... une, deux, trois, quatre... Et madame votre mere va bien?
LANOIX, @ part. — Ce-qu’elle est crispante! (Haut, apres avoir tourné sa langue autour de la bouche.) Trés bien, mais sa pauvre sceur est trés malade... Avec ca elle a perdu sa meilleure amie!... Elle a un chagrin... elle ne sait plus sur quel pied danser!
JULIE. — Une, deux, trois, quatre... une, deux, trois, quatre...
Allons tant mieux, tant mieux! (A part.) Il doit avoir une paralysie de la langue!
Elle s’assied pres dela table du milieu, extréme gauche.
LANOIX, @ part. — Non, mais, me voyez-vous toute ma vie embringué de cette petite dinde... (// s’assied pres de la table, mats a lextréme droite.) Quand on est cinq minutes avec elle, on ne trouve rien a4 lui dire..
JULIE, a part. — Le beau mari que cela ferait... (Haut.) Une, deux, trois, quatre... une, deux, trois, quatre... Vous semblez pensif?..
LANOIX, tournant sa langue. -— C’est dans ma nature!.. Jes suis un esprit observateur... il faut toujours que je m’explique le pourquoi des choses..; Ainsi, en ce moment, je suis en train de faire des études... pour avoir explication d’un phénoméne que vous avez di remarquer comme mol, si vous en avez fait l’épreuve..
JULIE. — Une, deux, trois, quatre... une, deux, trois, quatre... Chest ?...
LANOIX, fournant sa langue. — Pourquoi la mie de pain qui est blanche, quand on la roule entre ses doigts, devient-elle noire?
JULIE, @ part. — Quelle cruche, mon fiancé! (Haut.) Une, deux, trois, quatre... une, deux, trois, quatre... Je n’ai pas fait d’ études spéciales!.. SiCAL part.) "Et Von veut que je lépouse... Jamais!
Elle se léve.
LANOIX, se levant. —- Plutét prononcer mes voeux que de la prendre pour femme!
Ensemble.
JuLie. — Monsieur,
LANOIX.: — Mademoiselle?
LANOIX. —-Vous dites?
JULIE. — Non, parlez!...
LANOIX. — Apres vous!
JULIE. — Chut! Mme Landernau. Tout a.1’heure!