‹ Théâtre Complet IIChapitre 124 sur 203 · SCENE PREMIERE ARMANDINE puis VICTOR (17 ams, tenue de groom · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE ARMANDINE puis VICTOR (17 ams, tenue de groom

Au lever du rideau, Armandine, debout devant la table du milieu, est en train de fermer un sac de voyage. On frappe ala porte du fond.

ARMANDINE. — Entrez! (Voyant Victor.) Ah! c’est toi, petit! Eh bien! tu as fait ma commission?

VICTOR. — Oui, madame! Le gérant m’a dit de dire 4 Madame qu'il allait monter de suite.

ARMANDINE. — Tu lui as parlé pour le changement de chambre?

VICTOR. — Oui, oui, madame! I] savait d’ailleurs, la femme de chambre lui avait dit.

ARMANDINE. — C’est bien, merci chasseur. (A azt.) I] est gentil, ce petit. (Haut.) Dis donc, avance un peu.

VIcTOR. — Madame!

Loon LE DINDON

ARMANDINE. — Quel Age as-tu?

VICTOR. — Dix-sept ans.

ARMANDINE, — Dix-sept ans! Tu es gentil, tu sais. VICTOR, rougissant et baissant la téte. — Oh! madame! ARMANDINE. — Ca te fait rougir? Il parait méme que ¢a te fait plaisir. Mere VicTOR. — Oh!... oui!... venant de madame!

Il ferme les yeux sans oser en dire davantage. ARMANDINE, luz donnant une caresse sur la figure. — Eh bien! je ne m’en dédis pas, tu es trés gentil!...

Victor, au moment ou la main d’Armandine lui passe sur la bouche, dans un moment d’égarement la saisit de ses deux mains et la baise avec frénésie.

ARMANDINE. — Eh bien! qu’est-ce que c’est!

VicToR. — Oh! pardon, madame!

ARMANDINE. — Tu ne t’embétes pas, mon petit!

VICTOR. — Oh! madame, je n’ai pas su ce que je faisais. Je n’ai pas blessé madame?

ARMANDINE, gagnant la droite. — Pas trop!... il y a des impertinences qui ne blessent pas les femmes.

VicTOR. — Madame ne le dira pas au gérant. Ca me ferait flanquer a la porte!

ARMANDINE, 7zan¢. — Hein! si }’étais méchante.

Elle sassied sur le canapé.

Victor. — Ah! c’est que quand j’ai senti la main de madame, si chaude, si douce, sur ma joue... ca m’a donné comme un tremblement, tout s’est mis a tourner!... Songez, madame, que j'ai dix-sept ans, et depuis que j’ai dix-sept ans, je ne sais pas... tenez, madame, que j’en ai des clous qui m’en poussent... Oui, madame, 1a! en v’la un dans le cou qui commence. J’ai montré ga au médecin qui a quitté l’hétel ce matin, il m’a dit : « Mon petit, c’est la puberté. »

ARMANDINE, assise sur le canapé. -— La puberté! Qu’est-ce que c’est que ca, la puberté?

VICTOR. — Je ne sais pas! Mais il parait que j’ai lage d’aimer... Ah! je m’en apercevais bien que c’est la séve qui me travaille.

ARMANDINE. — Oui, oui, oui...

Victor. — Alors, quand madame est venue comme ga... Oh! madame ne m’en veut pas?...

ARMANDINE, se devant. — Mais non, mais non!... la preuve, tiens, voila trois francs.

VicToR, les trois francs dans la main. — Trois francs!

ARMANDINE. — C’est pour tol.

Victor. — Oh! non! non! non!

Il les pose sur la table.

ARMANDINE, — Comment!

VicTorR.. — Oh! non! pas de madame! pas de madame!

ARMANDINE. — Mais voyons|...

Victor. — Oh! moi qui en donnerais bien sept avec pour...

ARMANDINE. — Pour?

VICTOR, interlogué et retenant des sanglots qui lut montent & la gorge. — Pour rien, madame! (Changeant de ton.) Voila le gérant,

madame.

Il remonte en courant.

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