‹ Théâtre Complet IIChapitre 142 sur 203 · ACTE DEUXIEME - SCENE XIV · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME - SCENE XIV

Maggy n'a que le temps de se cacher en se collant contre le lit. ' SOLDIGNAC, sur lé pas de sa porte. — Eh bien! voyons, Vatelin! VATELIN. — Mais, voila! je viens, je viens!

Il sort en ayant soin d’emporter la clé et de fermer a@ double tour derriére lut.

Macey, seule, descendant en scene. — Ah! que j’ai eu peur! Ah! Dieu, quand j’ai vu ma mari 1a, tout mon courage il est parti! Ah! non! non! je veux plus, je veux me en aller... (Cherchant son costume sur la chaise ow elle croit l’avoir déposé.) Ma costume!... Ou il a mis ma costume!... (On extend parler dans le couloir.) Ah! mon Dieu, qu’est-ce que c’est encore!... .

Elle se précipite dans la piece de droite.

___ VOIX DE PINCHARD. — Allons bon! la clé n’est pas sur la porte et jai oublié de la demander en bas! (Afpelant.) Garcon! voulez-vous m’ouvrir, s’il vous plait? :

VOIX D’UN GARCON. — Voila, monsieur.

La clé tourne dans la serrure. La porte s’ouvre et Pinchard et Mme Pinchard entrent. Le garcon Sefface pour les laisser passer.

PINCHARD. — Merci, garcon.

LE GARCON. — Il n’y a pas de quoi, monsieur.

Il referme la porte.

PINCHARD, @ sa femme qu’il soutient en la faisant avancer. — La! la! ne geins pas! ¢a se passera! Tiens, assieds-toi la. (J1 la fait asseoir.) Sacrées crises hépathiques. va! Il a fallu que ca la reprenne au théatre. Nous avons da nous en aller avant la fin. (A percevant son sac.) Ah! ils ont remonté mon sac! je savais bien que j’avais dii le laisser en bas. (A sa femme qui le regarde d'un air doux et souffreteux. Ceci et les phrases suivantes sans voix en articulant seulement.) Eh bien! ca ne va pas mieux? (Mme Pinchard fait non de la téte.) Tu as toujours mal? (Mme Pinchard fait « oui » de la téte.) Montre ta langue. (Mme Pin. chard tire la langue.) Elle n’est pas mauvaise! (Mme Pinchard fait une moue signifiant « elle ne doit pas étre bonne ».) Sais-tu, tu devrais te coucher. (Stene de Mme Pinchard : « tu crois? tu as peut-étre raison ».) Mais oui! (Mme Pin-hard fait de la téte, avec un sourire triste: « Bonsoir ».) Bonsoir! (Elle remonte un peu, puis revient a son mari et l’embrasse. Haut.) Ah, oui! l’anniversaire. (11 l’embrasse sur le front.) Vingtcing ans!... (Elle va, d’un pas languissant, entre le mur et la ruelle du lit, pour se déshabiller.) Moi, je vais lui préparer une potion calmante. (Il va & la cheminée, prend la bougie allumée et vient a@ la table sur laquelle il pose le flambeau, puis cherchant dans son sac.) Ou est ma pharmacie! (Sortant ses pantoufles.) Mes pantoufles! (I les jette devant lui, tire une autre paire.) Ah! les siennes, Tiens coco!... pantoufles!... Hé! Mules!...

Il va les porter asa femme.

MME PINCHARD, derridre le lit. — Merci!

PINCHARD, de son sac, sortant une camisole. — Ah! un caraco! (A sa femme.) Coco! Caraco! Tl lui passe sa camisole. MME PINCHARD. — Mercil...

Elle la met.

PINCHARD, redescend & son sac. — Ah! voila ma pharmacie. (Ou-

vrant sa pharmacie de voyage.) Laudanum! Laudanum! Voila le laudanum.

78 ls | | LE DINDON

MME PincHtazn, de l’autre cété du lit. — Mon déméloir, passe-moi mon déméloir.

PINCHARD, ¢ivant un déméloir du sac. — Le déméloir! voila! (12 le lut passe par- dessus le let puts, prenant le verre qui est sur la table de nuit au pied du lit, la carafe et la cuillére.) Voyons, préparons cela!

Il redescend a la table et prépare la solution. Mme Pinchard, en jupon, sans corsage, les cheveux sur les épaules, Sassied sur le lit pour se déméler, le timbre, placé sous le matelas a la place qu’elle occupe, se met naturellement 2 sonner d'une facgon continue. Pinchard n'y fait pas attention. Il sassied @ la table.

PINCHARD, comfptant les gouttes. — Une, deux, trois... Ah ¢a! quel est l’animal qui s’amuse a sonner comme ¢a 4 cette heure-ci?... Quatre, cinq, six, voila six gouttes! (/] pose le verre sur la table et se léeve.) Oh! mais il commence a m’embéter avec sa sonnerie! (Courant ouvrir la porte du fond et criant dans le couloir.) Vous n’avez pas bientét fini, 1a-bas, le sonneur !

UNE VOIX DANS LE COULOIR. — Ah ca! qui est-ce qui sonne comme ¢a donc?

PINCHARD, 7épondant a la personne. — Je ne sais pas, monsieur, c’est insupportable. (Criant.) Assez, 1a! il y a des gens qui dorment!

MME PINCHARD, se levant pour aller voir, la sonnerie cesse. — Qu'estce qu’il y a donc?

PINCHARD, 2’entendant plus sonner. — Ah! ga cesse, c’est pas trop tot!

LA VOIX. — Oui, il était temps! Bonsoir, monsieur.

PINCHARD. — Salue bien, monsieur.

Il referme la porte du fond.

MME PINCHARD. — Qu’est-ce qu’il y a donc eu, Pinchard?

PINCHARD. — Rien, rien. (La poussant du cété du lit.) Va, couchetoi, il est tard, je vais en faire autant. Je l’ai bien fait taire, cet animal! (IL retire son dolman, pendant ce temps, Mme Pinchard se couche. La sonnerie reprend de plus belle.) Allons, bon! les voila’qui recommencent ! C’est assommant a la fin! (S’appuyant sur le lit pour retirer ses souliers et mettre ses pantoufles, le timbre qui est de son coté se met & sonner conjointement avec l'autre.) Comment, en voila un autre qui se met de la partie!... Ce n’est pas possible, il y a un concours de timbres dans |’hétel!... On n’a pas idée d’un pareil charivari!...

Il se met & retirer ses bottines en tournant le dos @ la porte de gauche.

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