ACTE DEUXIEME - SCENE XVI
ici, et maintenant il n’y a plus personne a la cuisine! Vous avez bien un fourneau a gaz, au moins?
VIcToR. — Oh! oui! Il y a un fourneau, monsieur!
PINCHARD, remettant son dolman, aidé par Victor. — C’est bien, vous allez me mener, je ferai le cataplasme moi-méme.
ViIcTOR. — Bien, monsieur. Voulez-vous me permettre, monsieur le Major?
PINCHARD, Juz donnant le dolman. — Non! je ne permets pas. Je vous l’ordonne! (Jeu de scéne.) Si jamais je te rencontre dans une infirmerie, je t’en fourrerai un de cataplasme, moi! (Sa bougie a la main et sans voix, & sa femme.) Je descends faire le cataplasme, je reviens dans cinq minutes. Toi, tache de t’endormir.
MME PINCHARD. — Que je tache de m’endormir? N’aie pas peur!... Si je peux!... Ne sois pas long!
PINCHARD. — Non! ;
Mme Pinchard se retourne du cété du mur. Pinchard et Victor sortent. La scéne reste un instant vide.
Maccy. — Le bruit 1] a fini! Mais qu’est-ce qu’il se passe donc? Et Vatelin qui ne revient pas, lui. Oh! non! je veux m’habiller que je m’en aille... Mais ou a-t-il fourré mon billement? (Elle cherche un peu partout et finit par aller regarder sur le lit, apercevant Mme Pinchard, qui lui tourne le dos.) My God! il y a quelqu’un dans le lit! (Elle se préczpite affolée dans le cabinet de toilette quelle vient de quitter.)
La scene reste de nouveau vide, soudain l’on entend le bruit d’une clé tournant dans la ser- vure dela porte du fond et puis celui d’une poussée contre la porte, mais la porte ré- Siste.
VOIX DE VATELIN. — Ah ¢a! qu’est-ce qu’elle a donc, cette serrure?
Nouveau bruit de clé et poussée de Vatelin, la porte céde.
VATELIN, entrant. — Suis-je béte! je tournais a l’envers. Au lieu d’ouvrir, je fermais 4 double tour. (// ferme la porte.) Ah! la! !a! quelle ventouse que ce Soldignac!... J’ai cru que je ne m’en dépétrerais pas!... Allons délivrer Maggy. (Ronflement dans le lit.) Hein! on a ronflé ladedans! (Ecartant le rideau.) Comment, elle s’est couchée? Ah! non, elle est étonnante! Rien ne la trouble!... (Prenant son sac derriére le canape, il le pose sur la table et en sort une paire de pantoufles qu'il jette devant le lit, puis il place une chaise sur laquelle il déposera ses vétements pres du lit du cété de la table de nuit.) Ah! c’est beau, la nature britannique!... Ma foi, elle dort, ne la réveillons pas. C’est autant de gagné.. Je vais me coucher bien doucement... en ayant bien soin de ne pas la tirer de son reposant sommeil... (Commencant a se déshabiller.) ...reposant pour moi! (En descendant il trébuche sur les souliers latssés par Pinchard, les ramassant.) Non, croyez-vous qu’elles ont des pieds, ces Anglaises! (Jd a ‘vetiré ses bottines et va les déposer dehors avec ceux de Pinchard.) Pristi! que j’ai soif! (Voyant le verre laissé sur la table par Pinchard.) 11 tombe bien, celui-la! Madame Soldignac, je connaitrai votre pensée. (// boit.) Ah! ca fait du bien... eu achéve de se déshabiller.) J’ai les yeux lourds... Je crois que je ne tarderai pas 4 m endormir... Allez, couchons-nous, et doucement, pour ne pas éveiller ma maitresse. (Il se glisse dans le lit.) Sapristi! elle en prend de la place... Je
n’ose pas la pousser, ¢a ]’éveillerait. Tiens, j’avais oublié mon chapeau! (IL le jette au pied du lit.) 1 me tiendra chaud aux pieds. Un tuyau de poéle... Cristi! que j’ai sommeil... Je ne sais pas, il me semble que ca a encore augmenté depuis que j’ai bu ce verre... Qu’est-ce qu’elle a pu fourrer la-dedans?... De la strychnine, comme tout a l’heure! de la strychnine... ;
Il s’endort.