SCENE PREMIERE GEROME, puis REDILLON, ARMANDINE
GEROME, entrant du fond, il tient, pliés sur son bras gauche, les vétements de Rédillon et la jupe d’Armandine et leurs deux paires de bottines qu’il vient de cirer. — Encore une jupe! toujours des jupes!... il est incorrigible! Mais qu’est-ce qu’il peut bien en faire, je me le demande. La voila, la jeunesse d’aujourd’hui; on brile la chandelle par les deux bouts! On court!... Tout le monde court, il n’y a que moi qui ne cours pas! Ca s’appelle étre dans le mouvement!...
Il va frapper a la porte de droite, 2° plan.
VOIX DE REDILLON. — Qu’est-ce que c’est?
GEROME. — C’est moi, Gérome.
REDILLON, passant la téte. — Eh bien! quoi?
GEROME. — I] est onze heures!
REDILLON. — Eh bien! il est onze heures!...
Il luz referme la porte au nez.
GEROME, recevant la porte sur le nez. — Oui! (A part.) Et voila... V’lan! la porte sur le nez! Un enfant que j’ai vu naitre! le respect s’en va... ! Et son pére, mon frére de lait, qui m’a fait promettre en mourant
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de veiller sur lui!... Mais, mon pauvre Marcellin, comment veux-tu que je veille sur ton fils! est-ce que j’ai une action sur lui? est-ce qu’il m’écoute seulement?... C’est comme si je disais au prince de Monaco de veiller sur l’Afrique... Quand je lui fais de la morale, il me traite de vieille ganache et, en fin de compte, c’est encore moi qui suis obligé d’étre le brosseur des demoiselles qu’il raméne! (Ox entend parler dans la chambre de Rédillon et la porte s’ouvre.) Ah! enfin ils se décident!
Gérome sort par la porte 1* plan droit pour porter les vétements et les bottines qu'il tient toujours.
ARMANDINE, entrant la premiére suivie de Rédillon, avangant d’un pas trainant. Elle n’est pas coiffée, les cheveux tournés simplement sur la nuque, et est enveloppée dans une robe de chambre d’homme, En entrant elle se prend les pieds dans ladite robe de chambre et manque de tomber. — Elle est longue, ta robe de chambre!
Elle va a la cheminée.
REDILLON, guz s’est laissé tomber sur le divan, — Elle est longue pour toi, pas pour moi.
ARMANDINE, avrangeant ses cheveux. — Je ne te dis pas, mais comme c’est moi qui l’ai sur le corps!... Aussi, cette idée de me rapporter successivement tous les sacs de nuit de l’hétel, excepté le mien.
REDILLON. — Est-ce que je le connais, le tien!
ARMANDINE. — Enfin, dans le nombre, tu aurais pu avoir la chance de le rencontrer .
Elle quitte la cheminée.
REDILLON, bdzllant. — Ah! ben!...
ARMANDINE, /e vegardant. — Eh bien! quoi donc, mon vieux? REDILLON. — Quoi?
ARMANDINE. — Ca ne va donc pas?
REDILLON. — Si!... je suis fatigué, voila tout!
ARMANDINE, s’asseyant pres de la table. — Aprés onze heures de
hit!
Gérome parait, un plumeau a la main, il s’arréte el regarde Rédillon avec pitié. REDILLON. — Ca ne vaut pas six heures de sommeil. . Il bdzlle.
GEROME, sortant par la porte deuxieme plan, — S’il est permis de se mettre dans des états pareils!
REDILLON. — Qu’est-ce que vous voulez, Gérome?
GEROME, boudeur. — Rien!
REDILLON. — Alors, qu’est-ce que vous avez 4 me regarder?
GEROME. — Ah! Ernest, tu t’éreintes, mon garcgon!
ARMANDINE. — Hein!
REDILLON. — Comment?
GEROME. — Tu me fais de la peine!
REDILLON. — Voulez-vous me ficher la paix! Qu’est-ce qui vous
demande quelque chose?
GEROME. — Je n’ai pas besoin que tu me demandes, je le dis! Tu me fais de Ja peine!
Il remonte et sort par le fond.
REDILLON. — Eh bien! tant mieux! A-t-on jamais vu!